Dans les profondeurs du football brésilien

26
mars
2017

Posté par Anthony G.

Posté dans Autres championnats / En affiche / Etranger / Flash FS

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Dans la France du ballon rond, il n’existe que deux divisions entièrement professionnelles. Au Brésil, un pays de taille continentale, il y a quatre divisions nationales professionnelles plus les championnats d’États qui eux aussi sont pros. Ce qui pose quelques problèmes aux équipes qui ne participent qu’aux compétitions régionales puisqu’elles ne jouent que deux ou trois mois dans la saison. Dans ces conditions, il n’est pas souvent facile de boucler un budget et monter une équipe compétitive pour aussi peu de rencontres.

 

C’est le cas du SD Serra FC, club de l’État méconnu d’Espirito Santo situé dans la ville du même nom, à quelques pas de la capitale Vitoria. Le club a connu une période faste entre 1999 et 2010 en remportant cinq fois le Capixabão (Championnat d’Espirito Santo) et en jouant deux saisons en seconde division brésilienne. Depuis 2012, le Tricolor Serrano végète en Serie B (seconde division) du Capixabão et en 2015 la direction s’est même vu obliger à annuler sa participation pour faute de moyens.

Mais cette saison, le club a l’ambition. Une nouvelle direction a pris les commandes avec le projet à court terme de décrocher une des deux places qualificatives pour la Serie A parmis six équipes. Afin de retrouver l’élite locale, sept joueurs expérimentés qui connaissent bien le football Capixaba ont été recruté pour épauler les jeunes récemment promus au sein de l’effectif pro.

 

Le chemin de la promotion est long et commence par la réception du Sport Linharense, relégué la saison passée. Faute d’illumination, le match est organisé à 15h, au stade Robertão (grand Robert). Inutile de vous dire qu’à cet horraire, en région tropicale, le soleil est votre pire ennemi. Par chance j’habite à dix minutes à pied mais je dois m’armer de courage et de ma casquette pour monter la pente qui me sépare de chez moi à l’enceinte sportive.
J’ai toujours pour habitude d’arriver tôt au stade. J’aime palper l’atmosphère dans les rues adjacentes et voir les tribunes se garnir. Cette fois, j’arrive qu’une demie-heure avant le coup d’envoi. J’ai surrestimé la capacité de ma copine à se préparer rapidement. Mais je n’ai rien perdu. Les rues sont calmes et les trois policiers militaires près de la billetterie semblent s’ennuyer ferme.
Ma première surprise, fut d’être fouillé à l’entrée par un membre du bataillon de choc de la Police Militaire. Treillis noir, béret noir et, cousue en haut du dos une sorte de tête de mort accompagnée du mot Guerrillheros. Sur le coup, ça m’a un peu refroidi mais une fois installé en tribune couverte (alléluia un peu d’ombre), ce que je vois autour de moi me rassure. Des familles entières ont pris place pour suivre le match et le vendeur de popcorn en profite pour faire son beurre. Dans l’autre tribune latérale, en plein cagnard, les irréductibles ont installé des banderoles et chantent accompagnés par le rythme d’un tambour. Ambiance bon enfant au Grand Robert avec à vue d’oeil pas loin de cinq cent spéctateurs.
Juste avant le coup d’envoi, seconde surprise. Le banc des visiteurs est situé derrière une des deux lignes de six mètres, à quelques pas du point de corner. Va diriger ton équipe depuis cet endroit. Ça ne doit pas être évident.

Les premiers fumis de la Torcida Cobra Coral sont craqués et les pétards sont lancés. D’un côté, les locaux expérimentés aux carrures de déménageurs. De l’autre, les visiteurs avec leurs têtes de gamins et leurs jambes de poulets. La différence physique se fait sentir dans le jeu puisque c’est l’équipe de Serra qui se crée les principales occasions, toutes sur coups de pied arrêtés. Je m’attendais à voir le ballon voler d’un camp à l’autre mais pas du tout, ça sort le ballon depuis la défense, ça va de l’avant même si parfois ça manque de justesse technique et de soutien.
Au bout de vingt minutes de jeu, les joueurs ont le droit à une pause fraîcheur. Moi aussi. Juste le temps de faire un aller-retour à buvette pour prendre une bière et le jeu reprend. Les joueurs de Linhares insistent dans le dos des latéraux locaux et laissent entrevoir des mouvements intéressants.
La première période se termine sur le score de 0-0 avec une légère domination pour le Tricolor Serrano. Que ce soit en France ou ailleurs, tradition oblige, je profite toujours de la pause pour gagner la buvette tout en refaisant les quarante cinq premières minutes autour d’une bière bien fraîche.
De retour des vestiaires, les visiteurs essaient de mettre du rythme en multipliant les raids, toujours dans le dos des latéraux serranos. Sans succès.
Deuxième pause fraîcheur. J’hésite à boire une troisième bière. Puis non, je reste tranquillement à ma place et alors que la rencontre commençait à baisser de rythme, une dizaine de types hurlent dans mes oreilles. « Diegooooooo !!! Alvessssss !!! ». L’heure des premiers changements est arrivée. Les amis de Diego Alves l’ont bien compris mais ce n’est pas ce dernier qui fera basculer le match, sinon un minot portant le numéro 17. Entré côté droit de l’attaque, Jhonihna réussit un bon centre en retrait sur son premier débordement. Le ballon est dévié dans ses propres filets par le central adverse. 1-0 pour le SD Serra FC.
Ce but a eu le mérite de dynamiter la partie dont les deux équipes, à l’instar de Jean Claude Van Damme, se rendent coup pour coup. Les contres attaques vont dans tous les sens, ce qui rend fou le public autour de moi. Sur chaque récupération de Serra, les supporters ordonnent au porteur du ballon à balancer côté droit, sur le petit 17, nouveau chouchou depuis son apparition sur le terrain. Et malheur au joueur qui n’obéit pas. Un déluge de réprimandes s’abat sur lui. Aucun but ne sera inscrit avant le coup de sifflet final.

Il est l’heure pour moi de quitter le stade et quelques types continuent de crier « Diegooooo !!! Alvessss !!! », alors que les joueurs regagnent le vestiaire. Surement une star locale. Ou un gars qui pas mal d’amis. Bref, je retourne chez moi satisfait de ma première expérience avec le football Capixaba. Au final, le match fut très agréable à suivre. En chemin, je m’arrête manger un açai en songeant à prochainement assister à une rencontre de Serie A du Capixabão.
El Pibe de Oreo.

 

Espirito Santo: État brésilien situé dans la région Sudeste, entre les États de Bahia et Rio de Janeiro.
Torcida Cobra Coral: Nom d’une association de supporters de SD Serra FC.
Linhares: Ville du nord d’Espirito Santo.
Diego Alves: Une star dans son quartier.
Capixaba: Nom donné aux habitants de l’État d’Espirito Santo.

Crédit photo : Globoesporte