Dans les profondeurs du football brésilien, épisode 4

27
juin
2017

Posté par Pierre

Posté dans Autres championnats / En affiche / Flash FS

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Le Brésil possède quatre divisions nationales, de la Série A à la Série D, toutes organisées par la CBF. La Série D est un peu particulière car on y accède soit après avoir été relégué de Série C (logique), soit par le biais d’une compétition régionale. Ce qui fut le cas du club de Desportiva Ferrovária.

 

La Desportiva est un des clubs les plus populaires de l’état d’Espirito Santo et se situe dans la ville de Cariacica. En remportant le championnat Capixaba 2016, la Locomotive grenat a validé son ticket pour la Serie D 2017 et participe donc à une compétition nationale. Ce dimanche, elle jouait son sixième et dernier match de poule face à la Portuguesa avec l’espoir de se qualifier pour la seconde phase de la division, et ainsi pouvoir se battre pour la montée en Série C.

 

Voyage en terres inconnues

Et ça tombe bien, car ce dimanche, je ne travaillais pas. Pour effectuer les trente-sept kilomètres qui me séparent du stade Araripe, j’ai décidé de ne pas prendre de risque en m’aventurant en voiture dans un lieu réputé dangereux que je ne connais pas, et donc, j’ai pris le bus. Après une heure d’un long et fastidieux trajet, j’arrive aux abords du l’enceinte sportive. Nous sommes à trente minutes du coup d’envoi quand un problème de survie s’impose. Devant la tribune principale, la bière coule à flot et une foule de supporters fanatiques se déhanche sur des rythmes de funk carioca. Quand on a le mot étranger gravé sur son front, y’a certaines situations qu’il vaut mieux éviter. Pas le temps de tergiverser que je prends la direction de l’autre tribune et je finis par me retrouver au milieu d’une longue file. Cinq minutes plus tard, je me rends compte que je fais fausse route puisqu’en fait je me dirige vers la tribune des “ultras” locaux qui se font minucieusment fouiller un par un. Je suis bon pour raser les murs et retourner à mon point d’arrivée et vite trouver la billetterie. Mon entrée en main, je file en tribune principale à l’ambiance familiale. À ma grande surprise, le stade est bien garni, ce qui en réfléchissant est plutôt logique pour une rencontre décisive. Les joueurs sont encore à l’échauffement lorsque dans le camp de la Portuguesa, j’aperçois un visage connu. Marcelinho Paraiba, ex-OM et Hertha Berlin. Première nouvelle, papy joue encore au foot. Seconde nouvelle, il a toujours aussi mauvais goût avec ses mèches blondes.

 

Le début du match approche. Dans la tribune d’en face, l’ambiance chauffe et un feu d’artifice est lancé depuis le parking. Riche idée, puisque des fusées retombent sur les voitures dont les alarmes se déclenchent les unes après les autres. Mieux vaut être bien assuré quand on va au stade avec son propre véhicule au Brésil. Les supporters, eux, déploient une banderole en reprenant des chants classiques de stades sud-américains alors que les joueurs locaux font leur apparition sous le son d’une sirène de train. Le décor est planté, le ballon peut rouler.

 

Les joueurs de la Desportiva effectuent d’entrée un gros pressing et manquent d’ouvrir le score dès la première minute. Deux minutes plus tard, après une belle récupération au milieu de terrain, les Grenats combinent joliment côté droit et Edinho conclue ce contre de façon magistrale. 1-0 au bout de trois minutes, le stade Araripe chavire. La Locomotive domine cette première période sans être très dangereux et de l’autre côté, à l’image de son équipe, Marcelinho est en mode Casper. Le rythme a tendance à baisser au fil des minutes tout comme mon attention. Faut dire qu’un type assis à quelques mètres s’est amené au stade avec un vuvuzela. En 2017, au Brésil, y’a un gars qui se trimbale un vuvuzela et bien évidemment, il doit s’installer à mes côtés Jean-Michel Irritant. La première période se termine sur ce 1-0.

 

À la mi-temps, on a le droit à une démonstration de football américain. Une équipe locale se met en position d’attaque sans adversaire en face et simule une action. Sauf que le receveur n’en touche pas une ce qui déclenche de bonnes poilades en tribune. Faut vraiment le voir pour le croire.

 

Marcelinho à la baguette

La seconde période reprend avec une équipe de Portuguesa entreprenante. Marcelinho essaie d’organiser le jeu face à des locaux qui semblent reculer de plus en plus. Le stress envahi les tribunes. Mais il faudra attendre une bonne vingtaine de minutes pour enfin voir des occasions. Par deux fois, l’ex-star de la Bundesliga trouve ses attaquants dans la surface et l’égalisation se fait sentir. Comme si ça ne suffisait pas, les défenseurs de la Desportiva enchaînent les imprécisions et petit à petit le stress laisse place à la tension. D’ailleurs, mon ami au vuvuzela a l’air tellement tendu qu’il en oublie de souffler dans son instrument, pour le plus grand bonheur de mes oreilles. Cherchant le contre, la locomotive aura bien la balle du 2-0 après une action mal menée par Madison. Seul face au but à la suite d’un grand rush, le grand dadais préfère servir un coéquipier d’une passe trop molle. Le public n’apprécie pas et lui fait savoir, et en rajoute même une couche trente secondes plus tard lorsque le même Madison, bien placé pour partir en contre-attaque, choisi de jouer avec son défenseur central. Sa mère en a pris pour son grade. Marcelinho, lui, toujours dans les bons coups en seconde mi-temps, tente par deux fois de marquer sur corner rentrant. Frayeurs en tribunes. La Desportiva se défend becs et ongles et lorsque retentit le coup de sifflet final, c’est tout un stade qui peut exulter.

 

Pour ma part, j’essaie de m’extirper rapidement de là. Je ne veux pas traîner dans ce coin mal fréquenté le soir. Par chance, l’arrêt de bus est gardé par cinq policiers armés jusqu’aux dents, je vais pouvoir rentrer tranquillement. Une heure plus tard, de retour à la maison, je me connecte à internet pour vérifier les différents résultats de la journée. La Desportiva termine second de son groupe et parmi les deux plus mauvais seconds de la division, à un but près. L’aventure s’arrête donc là pour l’équipe de Cariacica qui devra gagner la Copa de Espirito Santo pour espérer rejouer la Série D en 2018.

Le club de Desportiva Ferrovária ne touchera pas à la Série C cette saison.

 

El Pibe de Oro