Dans les profondeurs du football brésilien, épisode 3

02
mai
2017

Posté par Anthony G.

Posté dans Autres championnats / En affiche / Etranger

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Fort de six victoires en autant de matches, le Serra FC a déjà assuré sa place en demie finale de la Serie B du Capixabão. Pour fêter ça, la direction du club a demandé à la fédération locale de pouvoir recevoir Rio Branco de Venda Nova le lundi premier Mai, afin d’assurer une bonne affluence et fêter se premier pas vers un retour dans l’élite du football Capixaba.

Du coup , j’ai pris la peine de sortir tôt de chez moi pour être certain de pouvoir être bien placé en tribune. Et j’ai bien fait car à mon arrive, les rues aux alentours du stade sont remplies de voitures garées sur les trottoirs. J’ai même dû faire la file pour payer mon entrée.
Une fois le précieux sésame en main, je passe le portique d’entrée les bras à moitié levés pour anticiper la fouille et à ma grande surprise, le flic habillé façon Tropa de Elite me reconnaît et me fait signe de passer en tapant sur l’épaule. J’ai l’impression d’être comme à la Maison et ne perdant pas de temps, après un passage à la buvette, je me mets à la recherche d’un bon emplacement. Chose plutôt compliquée car les tribunes sont déjà bien garnies, ce qui au final m’oblige à choisir un endroit, avec comme dans tout bon stade à l’ancienne, un pilonne dans mon champ de vision.
Les deux tribunes principales du stade Robertão affichent complet, tout comme les quelques balcons et les arbres autour de l’enceinte. La fête peut démarrer. À la sortie du tunnel on aperçoit les joueurs qui attendant un signe pour fouler la pelouse et les ultras, sans doutes par impatience, ne se font pas attendre pour faire exploser tout leur arsenal pyrotechnique accompagné de jet de rouleaux de papier toilette. Les footballeurs de Serra sont reçus tels des héros, le match peut commencer.

Les locaux restent fidèles à leur style, tout en puissance physique sauf qu’en face, l’équipe de Rio Branco répond présent et semble bien mieux organisée. En 3-5-2, les visiteurs ont toujours un joueur en couverture et ne s’économisent pas pour venir couper les lignes de passes. Cela frustre les joueurs du Tricolor, impuissants face à un tel dispositif. Ce sont d’ailleurs les joueurs de Venda Nova qui se procurent la première occasion suivie de peu de l’ouverture du score sur un coup franc tiré au second poteau. Stupeur dans les gradins, la fête prend une mauvaise tournure.
Le temps est plutôt doux à cette époque de l’année en Espirito Santo mais l’arbitre en a que faire. Il acorde la fameuse pause fraîcheur au bout de vingt minutes. Je renonce à moi-même aller m’hydrater à la buvette de peur de perdre ma place. Je ne voudrais pas me retrouver debout pour le reste de la rencontre.
Peu après la reprise, un fait bizarre se produit. Un joueur visiteur reste au sol à la suite d’un contact, puis il est pris de convulsions. Panique au sein du public. L’arbitre et la tribune s’époumonent pour appeler les ambulanciers placer aux abords du terrain mais ces derniers, un peu perdus, tergiversent en cherchant ce qu’ils doivent faire. Ils arrivent tant bien que mal aux côtés du joueur qui a déjà repris ses esprits. Petit malaise? Simulation? Les spectateurs restent littéralement dans l’incompréhension totale.
Le match reprend son cours avec des joueurs de Serra qui n’arrivent pas imposer leur jeu. Pire, les esprits s’échauffent après un coup de coude donner par le défenseur central serrano lors d‘une lutte aérienne. La victime reste au sol et une trentaine de secondes plus tard, le coupable du geste digne d’un combat de Muay Thai se rue, accompagné d’un coéquipier, proférer une pluie d’insulte au gars se tordant de douleurs. Les arbitres doivent intervenir pour éviter une bagarre générale et à la mi-temps, les discussions continuent à l’entrée du tunnel.

 

Le bouc émissaire

 

La pause arrive à point nommé pour calmer les spectateurs qui à l’image de leur équipe, bouillonnent. L’ambiance festive a laissé place à une atmosphère tendue.
En début de seconde période, Serra pousse montrant de la bonne volonté. Mais ça ne suffit pas. L’équipe livre une mauvaise performance technique. À chaque action, le public implore le porteur du ballon d’écarter à gauche, de jouer plus vite etc, et l’exaspération ne fait qu’augmentait en tribune. Surtout lorsque le numéro 8, enchaine les mauvaises passes. Les supporters le prennent en grippe et lorsque après plusieurs pertes de balles il rate complètement un centre en retrait, c’est une partie du stade qui demande son changement. J’ai de la peine pour ce joueur dont peut lire une grande détresse dans son regard.
Puis, après la seconde pause fraîcheur, le chouchou du Robertão débarque sur la pelouse. Diego Alves se montre remuant sur tout le front de l’attaque et créé des espaces dans la défense de Rio Branco, fatiguée de couvrir les espaces entre les lignes. Et c’est lui qui va égaliser en récupérant une passe à l’entrée de la surface. La suite c’est un contrôle pied droit et un enchainement frappe pied gauche. Il s’offre un demi-tour de terrain ovationné comme il se doit devant son public. Pendant ce temps, le gardien visteur reste au sol. Les joueurs Tricolors sont galvanisés par ce but et multiplient les échanges de passes courtes au milieu du terrain. Le portier de Rio Branco se roule dans la pelouse à chaque arrêt de jeu ce qui lui vaut quelques noms d’oiseaux. D’ailleurs, ici, ce ne sont pas les types bourrés ou les femmes hystériques qui insultent le plus. Mais les gamins complètement exaltés. C’est concept. Dans la foulée, le petit Jhoninha met le feu dès son entrée en jeu et provoque une faute près du poteau de corner. Le coup franc est tiré direct et la balle lobe le gardien remplaçant qui touche son premier ballon en allant le chercher au fond du filet. La fin de rencontre approche, les deux équipes sont coupées en deux mais c’est bien Serra qui aura le dernier mot avec un troisième but sur un centre en force qui passe sous le malheureux gardien. En quatorze minutes, le match a été plié. Les tribunes ont retrouvé le sourire, surtout après une passe à dix qui se termine sur un mauvais contrôle du numéro 8. Le bouc émissaire s’est transformé en clown, la foule prend du plaisir à rire de sa maladresse.

Les ultras quittent leurs places en file indienne derrière les drapeaux et en chantant au rythme des tambours, pour commémorer la septième victoire consécutive de Serra FC, qui par la même occasion s’assure de terminer en tête du championnat. quant à moi, pour me réchauffer de ce vent frais qui descend des montagnes d’Espirito Santo, je m’en vais grignotter des churrasquinhos brochettes de viandes grillées) vendues dans les voisinages du Robertão en croisant les doigts pour être disponibles lors des demi-finales.

 

El Pibe de Oreo

(crédits: Richard Pinheiro)