Dans les profondeurs du football brésilien, épisode 2

09
avril
2017

Posté par Anthony G.

Posté dans Autres championnats / En affiche / Etranger

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Après avoir assisté à un bon Real vs Atlético, je me prépare à aller voir un Serra vs Vilavelhense pour clôturer ma journée. Rien de tel qu’un match de seconde division du championnat Capixaba pour se remettre les idées en place et se rappeler que le foot n’est pas aussi simple que Griezmann et Benzema le laissent entendre.

Fort de deux victoires en autant de rencontres, le Serra FC compte bien continuer sur sa lancée et confirmer ses ambitions lors de la réception du voisin de Vila Velha. À l’approche du stade Robertão, une importante présence policière se fait sentir. Les voitures bordent les trottoirs adjacents à l’enceinte ce qui contraste avec l’atmosphère tranquille de la première journée du championnat. Ça sent la bonne affluence.
Après avoir passé la fouille obligatoire, je suis reçu par un vieux monsieur vêtu du polo du club qui me souhaite la bienvenue avec une joyeuse humeur communicative. Tellement communicative que pour fêter ça, j’attaque ma première pause fraîcheur à la buvette. Ce sera la dernière.

 

La bande à Diego Alves

 

La tribune est bien garnie et je peine à découvrir un endroit libre facile d’accès. Je trouve néanmoins une rangée libre et je comprends vite pourquoi cet espace est vide. Deux rangs plus bas, accoudé à la barrière, un groupe d’amis ne passe pas inaperçu. C’est la fameuse bande qui criait « Diego Alves » lors du premier match. Ils n’ont toujours pas changer de refrain et à les voir de près, ils ont commencé la fameuse pause fraîcheur depuis plusieurs heures. Et ils ne la termineront pas d’aussitôt, pour le plus grand bonheur du gérant de la buvette.

Les équipes entrent sur le terrain, les fanatiques de la Torcida Cobra Corral situés dans la tribune d’en face jettent leurs pétards et la bande à Diego Alves fête la titularisation de son protégé. Debout sur la rangée du bas, ils empêchent une partie du public de voir le terrain et des bonnes femmes ne se gênent pas de le faire savoir en leur ordonnant de s’asseoir. Pas le temps d’obéir que les joueurs locaux ouvrent la marque quelques secondes après le coup d’envoi. Ironie du sort, le but est marqué par la star locale, Diego Alves. Je ne vous explique pas le bazar devant moi. J’ai raté ce but et je croise les doigts pour pouvoir assister tranquillement à la suite de la rencontre.

Le match est dominé par l’équipe de Serra qui impose sa puissance physique sur chaque duel. À défaut de se créer des occasions, elle contrôle la partie. Les adversaires du Tricolor essaient timidement de se montrer dangereux, via notamment leur numéro dix qui, avec sa patte gauche tente quelques ouvertures mal exploitées par les attaquants. Au bout de vingt minutes de jeu, l’arbitre envoie les deux équipes s’hydrater. Comme à l’accoutumer, les visiteurs se dirigent vers le banc de touche placé derrière la ligne de six mètres, en plein soleil.
La partie reprend avec un Serra qui continue de dominer. Et confirme même sa supériorité après l’heure de jeu sur un débordement de Diego Alves qui trouve un coéquipier libre à l’entrée de la surface. 2-0 à la mi-temps. Pour l’instant, il n’y a pas match.

À la pause, je reste tranquillement à ma place à écouter mon voisin réclamer de certaines décisions arbitrales. J’ai beau me démener pour lui expliquer mon point de vue sur l’interprétation des lois du football, je me heurte à son chauvinisme. Une sorte de Jean-Michel Aulas en tongs. L’intervalle s’éternise et la bande à Diego Alves semble avoir perdu des membres, mais le taux d’alcoolémie des fidèles restés en place, lui, ne faiblit pas.

 

Pluie de but

 

La seconde période redémarre avec les locaux entreprenants qui ne tardent pas à tripler la mise sur une action similaire à celle entre Griezmann et Correa quelques heures plus tôt. Du grand art. Et voilà que les joueurs qui s’enflamment. Ils commencent à combiner en passes courtes dans le camp du Vilavelhense ce qui pousse le public à chambrer l’adversaire avec des “Olé”. On sent que la rencontre est pliée. À chaque erreur technique, j’entends des blagues fuser autour de moi, contrastant avec les insultes destinées à l’arbitre proférées en première mi-temps. Le score n’en reste pas là. L’équipe tricolore rajoute deux buts sur deux coups francs en l’espace de quelques minutes. Puis après le second arrêt obligatoire afin que les vingt-deux acteurs puissent boire un coup, le joueur frisson du premier match fait son entrée. Avec son physique à la Jesus Navas, Joninha obtient un corner sur sa première accélération. Au bout de ce coup de pied de coin, le 6-0. Le score ne bougera pas malgré une petite reaction des visiteurs qui se heurteront deux sur Walter,le gardien de Serra.

Une bonne partie des spectateurs a quitté la tribune avant le coup de sifflet final, tout comme la bande à Diego Alves qui a déserté les gradins après le remplacement de l’attaquant. Nul ne doute qu’ils vont fêter la performance de leur poulain comme il se doit.
Radieux, je me dirige vers la sortie en repensant à l’efficacité redoutable de cette équipe capable de mettre six buts sur six occasions. Quel spectacle. Je me faufile au milieu des policiers militaires bien positionnés dans les rues autour du stade et, en m’éloignant, j’entends la tribune des fanatiques chanter « le Champion est de retour ». Je ne sais pas si c’est vrai, mais ça en prend le chemin.

 

El Pibe de Oreo

 

Crédit photo: Adriano Barbosa Pivetta