Présentation de la Coupe d’Asie des Nations de 2015

08
janvier
2015

Posté par Pierre LG

Posté dans Actualités internationales / En affiche / Flash FS

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Souvent, l’abrégé « CAN » désigne la Coupe d’Afrique des Nations. Cependant, il existe un autre emploi possible pour cet abrégé : il peut être utilisé pour la Coupe d’Asie des Nations. Cette compétition sera d’ailleurs la première depuis la fin de la Coupe du Monde à opposer des sélections nationales en excluant les éliminatoires sur les autres continents. Le 9 janvier prochain, le coup d’envoi de la Coupe d’Asie des Nations 2015, seizième édition qui aura lieu en Australie, sera donné et cette compétition continuera jusqu’à la finale du 31 janvier 2015. La Coupe d’Asie est moins médiatisée que l’Euro, la Copa América ou encore la Coupe d’Afrique des Nations et regroupe moins de grands joueurs européens. Cependant, cette compétition reste susceptible d’offrir un spectacle sympathique et divertissant. L’heure est à la présentation de cette « CAN », non pas dans son sens traditionnel africain, mais dans son sens oriental.

 

Le vainqueur de la compétition sera la troisième équipe qualifiée pour la Coupe des confédérations 2017 avec la Russie, pays hôte, et l’Allemagne, championne du monde.

 

Le palmarès

 

La Japon est le champion en titre de la compétition.

La Japon est le champion en titre de la compétition.

 

Les premières éditions de la Coupe d’Asie se jouent sous la forme d’un championnat. À partir de 1972, la compétition se déroule sous la forme d’une coupe avec une phase de groupe puis une phase à élimination directe. Pendant longtemps, elle s’est organisée tous les quatre ans durant les années bissextiles. Depuis 2007, elle se déroule entre la Coupe du Monde et les Jeux Olympiques, toujours tous les quatre ans. À noter qu’Israël a été exclue de l’AFC en 1974.

 

(date : pays vainqueur (numéro du titre) {nombre de participants} [pays hôte])
1956 : Corée du Sud (1) {4} [Hong Kong]
1960 : Corée du Sud (2) {4} [Corée du Sud]
1964 : Israël (1) {4} [Israël]
1968 : Iran (1) {5} [Iran]
1972 : Iran (2) {6} [Thaïlande]
1976 : Iran (3) {6} [Iran]
1980 : Koweït (1) {10} [Koweït]
1984 : Arabie saoudite (1) {10} [Singapour]
1988 : Arabie saoudite (2) {10} [Qatar]
1992 : Japon (1) {8} [Japon]
1996 : Arabie saoudite (3) {12} [Émirats arabes unis]
2000 : Japon (2) {12} [Liban]
2004 : Japon (3) {16} [Chine]
2007 : Irak (1) {16} [Indonésie, Malaisie, Thaïlande et Vietnam]
2011 : Japon (4) {16} [Qatar]

 

Le pays organisateur et ses stades

 

L’Australie, devenue membre de l’AFC qu’en 2006, a su en 2011, peu avant le coup d’envoi d’édition 2011, qu’elle allait organiser la Coupe d’Asie de 2015 pour la première fois. Le pays est plutôt bien doté en infrastructures sportives. Cinq stades ont été sélectionnés dans cinq villes différentes. Le Stadium Australia de Sydney a une capacité de 84 000 places ce qui en fait le plus gros stade de la compétition. C’est dans ce stade que se jouera la finale de la compétition, un stade qui avait accueilli les Jeux Olympiques de 2000. Les autres sont de taille plus réduite. Conformément à la politique du naming, ils ont deux noms. En voici la liste, les stades étant listé par ordre décroissant de capacité :

 

– Stadium Australia | ANZ Stadium – Sydney (84 000 places) : 4 matchs de poule | 1 quart de finale | 1 demi-finale | finale
– Brisbane Stadium | Suncorp Stadium – Brisbane (52 500 places) : 6 matchs de poule | 1 quart de finale
– Newcastle International Sports Centre | Hunter Stadium – Newcastle (33 000 places) : 2 matchs de poule | 1 demi-finale | petite finale
– Melbourne Rectangular Stadium | AAMI Park – Melbourne (30 050 places) : 6 matchs de poule | 1 quart de finale
– Canberra Stadium | GIO Stadium Canberra – Canberra (25 011 places) : 6 matchs de poule | 1 quart de finale

 

À noter qu’en Australie, au mois de janvier, c’est l’été et non pas l’hiver comme en France et bien d’autres nations, le pays se trouvant en dessous de l’équateur. La compétition est organisée au même mois qu’en 2011 alors qu’auparavant, cette compétition se déroulait durant l’été français, les précédents hôtes ayant été des pays situés dans l’hémisphère nord. Ce changement est survenu après le cas du Qatar en 2011 où il a été décidé de l’organiser en hiver à cause de l’extrême chaleur du Qatar l’été. Ce sont d’ailleurs les mêmes questions qui se posent pour la Coupe du Monde 2022 à polémiques.

 

Les qualifiés

 

Comme à l’Euro, la Coupe d’Asie accueille seize participants, mais c’est la dernière fois qu’elle se jouera sur ce format. L’AFC a en effet décidé de l’élargir à vingt-quatre équipes à partir de 2019. Contrairement à l’Euro ou à d’autres compétitions continentales, il existe trois modes de qualification en Asie pour cette édition 2015.

 

L’Australie, le Japon et la Corée du Sud sont les qualifiés d’office. L’Australie est le pays organisateur et a été logiquement exemptée d’éliminatoires. Le Japon et la Corée du Sud ont été deux des trois nations sur le podium de l’édition précédente en 2011 (l’Australie ayant été la troisième) et ont obtenu ainsi directement leur qualification.

 

La plupart des autres qualifiés ont obtenu leur billet via les éliminatoires, mais toutes les sélections n’y ont pas pris part. L’Asie est l’un des continents les plus déséquilibrés en terme de niveau. Alors que le Japon, la Corée du Sud et l’Australie ont le niveau pour jouer un rôle en Coupe du Monde, d’autres nations (appelées « émergentes » par l’AFC) sont si faibles qu’elles subissent régulièrement des défaites sur des scores exorbitants face à des poids moyens asiatiques (9-0, 16-0, 12-0, voire même parfois plus que 19-0, etc). Les éliminatoires rassemblent les sélections asiatiques de niveau moyen ou plus. Sur les 47 membres de l’AFC, 20 ont participé aux éliminatoires de février 2013 à mars 2014.

 

Les participants ont été répartis dans cinq groupes de quatre équipes. Le premier et le deuxième de chaque groupe ainsi que le meilleur troisième sur l’ensemble des groupes ont obtenu leur qualification :

– Groupe A : Oman et Jordanie
– Groupe B : Iran et Koweït
– Groupe C : Arabie Saoudite, Irak et Chine
– Groupe D : Bahreïn et Qatar
– Groupe E : Émirats Arabes Unis et Ouzbékistan

 

Les autres sélections « émergentes » ont joué l’AFC Challenge Cup. Cette compétition jouée régulièrement tous les deux ans depuis 2006 oppose les sélections les plus faibles du continent. . Depuis 2008, les vainqueurs obtiennent une place en Coupe d’Asie des Nations. En 2011, l’Inde, vainqueur en 2008, et la Corée du Nord, vainqueur en 2010, ont ainsi participé à la compétition. Pour l’édition 2015, ce sont la Corée du Nord et la Palestine qui se sont qualifiées par ce moyen. La Corée du Nord a en effet remporté l’AFC Challenge Cup 2012 contre le Turkménistan et la Palestine a remporté l’édition 2014 contre les Philippines. La Palestine, qui jouera sa première Coupe d’Asie des Nations, sera par ailleurs le dernier vainqueur de l’AFC Challenge Cup qui sera supprimée ultérieurement à cause de l’élargissement à vingt-quatre équipes rendant ce mode de qualification inutile.

 

Liste complète des qualifiés : Australie, Japon, Corée du Sud, Oman, Iran, Arabie Saoudite, Bahreïn, Émirats Arabes Unis, Jordanie, Koweït, Irak, Qatar, Ouzbékistan, Chine, Corée du Nord, Palestine

 

Les dernières années entre gloire et honte

 

La Corée du Sud a rapidement été éliminé lors du dernier Mondial au Brésil.

La Corée du Sud a rapidement été éliminée lors du dernier Mondial au Brésil.

 

L’Asie est certes un continent footballistiquement peu médiatisé, elle s’est illustrée à plusieurs reprises dans les compétitions mondiales. La Corée du Sud est une habituée de la Coupe du Monde à laquelle elle a participé pas moins de neuf fois dont huit fois consécutivement. Les Sud-Coréens ont impressionné lors du Mondial 2002 à domicile en se hissant à la surprise générale jusqu’en demi-finale en éliminant successivement la Pologne, le Portugal, l’Italie et l’Espagne (en ayant, certes, bénéficié d’un arbitrage favorable pour éliminer ces deux dernières nations ce qui ne remet pas en cause l’incroyable qualité du jeu sud-coréen) ! Ceux que l’on appelle les Guerriers Taeguks ont réalisé par la suite deux Coupes du Monde plus qu’honorables en accédant notamment aux huitièmes de finale en 2010 après s’être extraits d’un groupe comprenant l’Argentine, le Nigeria et la Grèce puis s’être fait éliminés de peu par l’Uruguay. Les Sud-Coréens ont également brillamment porté les couleur de leur continent lors des Jeux Olympiques de Londres en 2012, accédant à la troisième place de la compétition.

 

Outre la Corée du Sud qui se montre régulièrement comme la nation la plus performante en dehors des compétitions continentales, d’autres sélections brillent régulièrement en Coupe du Monde ou dans d’autres compétitions. Le Japon a accédé deux fois aux huitièmes de finale 2002 et 2010 en étant à chaque fois éliminé de peu. En 2002, les Japonnais ont tiré leur épingle de jeu en écartant la Belgique, la Russie et la Tunisie puis en étant sortis avec les honneurs par la Turquie. En 2010, les Samouraïs bleus ont recommencé en finissant derrière les Pays-Bas, futurs finalistes, mais devant le Danemark et Cameroun, et en étant éliminés par le Paraguay au cours d’un match soporifique, mais perdu de justesse aux tirs aux buts. En 2012, aux Jeux Olympiques de Londres, le Japon a terminé quatrième au classement derrière le voisin sud-coréen, et a également envoyé l’équipe féminine dans le dernier carré.

 

Depuis son affectation à l’AFC en 2006 où les Socceroos, deuxième de leur groupe derrière le Brésil, avaient atteints les huitièmes de finale aux dépends de la Croatie et du Japon avant d’être éliminés par l’Italie sur une erreur d’arbitrage, l’Australie a échoué de très peu à s’extraire du premier tour en 2010, terminant troisième de son groupe à égalité de points avec le Ghana mais une différence de buts défavorables. Seule la Corée du Nord a plombé le bilan asiatique de 2010 malgré une résistance héroïque contre le Brésil au premier match avec une défaite par un seul but d’écart.

 

On aurait pu imaginer le football asiatique briller lors de la Coupe du Monde 2014 et confirmer les derniers résultats éloquents. Il n’en fut rien… Au contraire, la compétition brésilienne a été une catastrophe orientale. Non seulement la confédération asiatique a été la seule à n’avoir aucun représentant en huitièmes de finale, mais c’est surtout les piètres performances du premier tour qui ont marqué. Le Japon et la Corée du Sud, pourtant considérés comme des valeurs sûres du continent, se sont effondrés. Tombé dans un groupe homogène avec la Colombie, la Côte d’Ivoire et la Grèce, le pays du soleil levant, pourtant mieux armé qu’en 2010 avec plus de stars, n’a pas su jouer collectif et a empilé les individualités pour la majeure partie de la compétition surtout contre la Grèce. Le pays du matin calme a alterné les prestations beaucoup trop irrégulièrement, réalisant un premier match très inquiétant contre la Russie suivi d’une première mi-temps désastreuse contre l’Algérie avant de terminer sur une bien meilleure deuxième mi-temps et de jouer correctement contre la Belgique malgré un manque de réalisme. Il est bon de noter que la Corée du Sud a actuellement son pire classement FIFA de son histoire avec la 69ème place ! En 2010, ces deux équipes avaient su profiter de l’homogénéité de leur groupe respectif, mais n’ont pas su recommencer quatre ans plus tard, terminant toutes les deux à la dernière place de leur groupe avec un unique petit point d’honneur (par ailleurs obtenu après un match soporifique au possible). L’échec australien est plus compréhensible, les Socceroos étant tombés dans l’un des trois groupes de la mort avec l’Espagne, les Pays-Bas et le Chili. Les Australiens ont d’ailleurs malmené le Chili et surtout les Pays-Bas mais ont malgré tout terminé la compétition avec aucun point et n’ont remporté qu’un seul match en 2014, chutant en dessous de la 100ème place au classement FIFA (derrière des équipes telles qu’Haïti, Chypre, le Salvador, Oman, le Qatar, la Lettonie, la Chine, la Macédoine, la Biélorussie !). L’Iran, très limité, a eu le mérite d’inscrire un but et d’avoir particulièrement malmené le Nigeria et l’Argentine, malgré une défaite contre la Bosnie-Herzégovine. Il a néanmoins terminé à la dernière place de son groupe avec un seul point. Bilan d’ensemble : 0 victoire, 3 nuls, 9 défaites. La Corée du Sud est 27ème sur 32, l’Iran suit avec la 28ème place, puis le Japon 29ème et l’Australie 30ème ! Tel est le maigre bilan asiatique de la Coupe du Monde 2014. Tout est à rejeter et à oublier. Les coups d’éclats à retenir ont été autre part. La catastrophe a été mal vécue par les dirigeants du football asiatique qui se sont empressés de réfléchir sur la politique à mener dans les compétitions continentales. 2014 est une année à oublier pour le football asiatique.

 

Le tirage au sort et le calendrier

 

Le tirage au sort a eu lieu le 26 mars 2014 à Sydney. Les seize participants ont été versés dans quatre chapeaux en fonction de leur classement FIFA du moment. L’Australie, pays hôte, a été automatiquement versée dans le chapeau des têtes de série. L’Iran, le Japon et l’Ouzbékistan, les trois mieux classés au classement FIFA, ont complété ce chapeau. À la surprise générale, la Corée du Sud n’a été intégrée parmi les têtes de série et était susceptible de donner un groupe de la mort. À noter que le jour du tirage au sort, le nom du vainqueur de l’AFC Challenger Cup 2014, la Palestine, était encore inconnu.

 

Le tirage au sort a donné ces quatre groupes :

Groupe A : Australie, Corée du Sud, Oman, Koweït
Groupe B : Ouzbékistan, Arabie Saoudite, Chine, Corée du Nord
Groupe C : Iran, Émirats Arabes Unis, Qatar, Bahreïn
Groupe D : Japon, Jordanie, Irak, Palestine

 

Le tirage au sort a été extrêmement clément avec l’Iran et le Japon. Il est difficile d’imaginer les Émirats Arabes Unis, le Qatar et le Bahreïn bousculer une équipe d’Iran qui n’a pas été loin de battre l’Argentine à la Coupe du Monde et qui bénéficie des services d’un entraîneur expérimenté. Cette édition est d’ailleurs une opportunité unique pour l’Iran qui a calé deux fois au stade des quarts de finale éliminé à chaque fois par la Corée du Sud parce qu’à moins qu’un faux-pas ne l’oblige à rencontrer le Japon, la route des demis est dégagée pour les Iraniens. Pour le Japon, c’est quasiment la même chose. La Jordanie, qui est certes parvenue à accéder aux barrages de la Coupe du Monde mais qui reste très limitée, l’Irak, en perte de vitesse depuis son succès en 2007, et la Palestine, débutante dans la compétition, ne semblent pas non plus en mesure d’embêter le Japon, grand favori du groupe. À moins d’une catastrophe, l’Iran et le Japon ne devraient avoir aucun mal à finir en tête du groupe et la route s’annonce dans ce cas dégagée pour eux jusqu’aux demi-finales. Le Groupe B s’annonce comme le plus ouvert avec un Ouzbékistan en baisse de régime après quelques années fortes mais qui reste toutefois un outsider sérieux derrière les favoris, une Arabie Saoudite sur le déclin depuis longtemps, une Chine capable de jouer les troubles-fêtes et une Corée du Nord en perte de vitesse depuis plusieurs années mais qui conserve des qualités. En revanche, les membres du Groupe B ne doivent pas être ravis à l’idée que les deux survivants de cette poule seront obligés de se mesurer aux nations sorties du « groupe de la mort ». Le Groupe A est de loin le plus relevé. Il est le seul à rassembler deux favoris indiscutables à la victoire finale avec l’Australie et la Corée du Sud bien qu’Oman, auteur d’une excellente campagne préliminaire, et le Koweït, capable d’être dangereux bien que loin de son meilleur niveau, aient un coup à jouer, mais il leur faudra réaliser des matchs magiques contre les deux favoris. L’Australie et la Corée du Sud seront largement favorites pour sortir de ce groupe et si elles réalisent correctement leur travail, la voie pour les demi-finales devrait être largement accessible pour les deux équipes.

 

À moins d’un désastre, les quatre favoris que sont l’Australie, la Corée du Sud, l’Iran et le Japon devraient se hisser au minimum jusqu’en quart de finale et la logique voudrait que les quatre se retrouvent en demi-finales. La compétition offrira-t-elle des surprises ? Réponse sur le terrain. Parmi les outsiders, l’Ouzbékistan du très sous estimé Server Djeparov, demi-finaliste de 2011, apparaît comme l’outsider le plus sérieux, mais s’il parvenait à se qualifier en sortant son groupe, il serait obligé de se mesurer à un gros comme l’Australie ou la Corée du Sud dès les quarts de finale. Il lui faudra donc beaucoup de ressources pour espérer créer de nouveau la surprise après 2011.

 

Pyotr B.