Le paradoxe Gomis

20
juin
2014

Posté par Anthony G.

Posté dans Edito / En affiche / Flash FS

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Gomis peut tirer la langue. En partant gratuitement dans près de dix jours, il l’aura fait à l’envers à de nombreuses personnes au sein du club rhodanien. Du président-dieu au conseiller-misogyne en passant par les supporters désabusés d’avoir vu l’ennemi vert finir devant, la panthère devenue Lyon en aura montré de toutes les couleurs durant ses cinq années à la pointe des Gones. Alors, que retenir de son mandat ?

Entre Juni et Sonny

 

On loue souvent la régularité du sosie de Whoopi Goldberg, de ce joueur surcôté par ses admirateurs et sous-côté par ses détracteurs. A genoux, son grand pote Pierre Ménès en attestera aisément. Avec un minimum de 10 buts en championnat depuis 2006, Bafé est une valeur sûre de notre championnat de France. Mieux, il a même dépassé la barre des cent buts inscrits en L1 cette saison en marquant lors d’un match caritatif face à un Valenciennes aujourd’hui proche du dépôt de bilan. A l’image de Saliou Ciss, crocheté et dépassé, le club nordiste n’aura pas survécu au coup de rein proféré par l’ancien stéphanois. Pour l’anecdote, le premier but de Gomis sous les couleurs de l’OL a été inscrit face à ce même VA. Un cygne. A la fois coéquipier et concurrent de Lisandro « Licha » López, on se souviendra également de ce match face au Dinamo Zagreb. Mais oui, ce match acheté où « Bafété » – comme il est appelé par des commentateurs amateurs en match champêtre de Coupe de France – s’offrit un quadruplé et rentra dans la légende en rejoignant les Inzaghi, Prso, Shevchenko et autre Van Basten. Des petits bras à côté de ce croisement entre le physique de Cheik Diabaté, la technique du regretté Frédéric Piquionne, l’adresse de Dennis Oliech et le postérieur de Hulk. Comment ne pas non plus penser à ce triplé mis face à l’OM l’année dernière ? Cette flopée de buts a en tout cas permis à celui révélé lors d’un improbable doublé avec l’Equipe de France face à l’Equateur en 2008 d’atteindre les 95 buts avec l’OL. Bien intercalé entre les représentants foutchbol de l’âge d’or lyonnais, Juninho (100) et Sonny Anderson (94), il demeure le cinquième meilleur buteur du club. Pas rien.

 

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Messi ? Ibrahimovic ? Lewandowski ? Non, Bafétimbi Gomis.

Un chic type hors-jeu

 

Le style Gomis n’est plus à décrypter. Non, ici, on ne parlera pas de son costard blanc, sa chemise de bucheron et sa fleur rouge en guise de boutonnière, cette tenue particulière, digne des plus grands mariages turcs, qu’il a arboré à sa signature. Pivot aussi lent que solide, un brin individualiste et nonchalant, il fait honneur au jeu lyonnais en le ralentissant. S’il est devenu classique de tourner en dérision ses positions de hors-jeu criantes (il doit tourner à une vingtaine par match, en moyenne), Gomis l’aura aussi été un long moment quand il s’agissait de rentrer dans les plans de Rémi Garde cet été. Avec son pote Jimmy, aujourd’hui incarcéré pour viol en réunion un soir de 10 novembre dernier, il aura connu les matchs en réserve tel un prodige dépassé, un Apruzesse du riche. Les plus solidaires diront que cet épisode était une honte, les mauvaises langues évoqueront le retournement de veste du joueur de 28 ans. Partira ? Partira pas ? Prolongera ? Prolongera pas ? Au final, c’est Jean-Mimi et son expert-comptable qui pleurent un joyau à 10 millions d’euros. Soit la somme déboursée pour faire taire Étienne Tête, opposant à la construction du Grand Stade. Pieux, humain, attaché à être proche de ses fans, Bafé en paiera les conséquences, sur Twitter, lorsque Mathieu Coutadeur, défendant sa mère, révéla l’escroquerie Gomis qui avait une semaine auparavant affiché Romao. Période de Coupe du Monde oblige, il semble nécessaire de rappeler qu’il a longtemps cru au Mondial, lui dont la deuxième partie de saison s’est avérée aussi emballante que la remontée ratée du Sochaux d’Hervé Renard. Hors-jeu, c’est devant son téléviseur Samsung LED HD 50 pouces noir à prise HDMI acheté à Darty et ses fiches de révision pour le Baccalauréat que Bafé le suivra, coupé du monde.

 

Aujourd’hui courtisé par le Real Madrid mais surtout Galatasaray, QPR, Trabzonspor et Laval, Gomis n’a que l’embarras du choix après sa période sous les couleurs de l’OL. Cinq années où il a aussi bien fait rêver qu’énerver, où des milliers de supporters se sont levés une bonne centaine de fois et se sont arrachés les cheveux à chacun de ses fameux loupés. Un joueur que certains regretteront, d’autres non. Ciao Bafé.

 

Anthony M.