Je cours vite… Et alors ?

24
novembre
2015

Posté par Potatotohs

Posté dans Edito / En affiche / Flash FS

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Vous les connaissez, ces joueurs. On a tendance à rapidement les appeler les tout-droits. Ils embêtent les supporters de Ligue 1 mais font encore le bonheur de certains de Ligue 2, car l’antichambre de la Ligue 1 se prête parfaitement à l’utilisation de joueurs aux grandes qualités athlétiques, surtout pour les clubs de bas de tableau qui ont peu de moyens. Ils ont beau être de plus en plus rares, les clubs de Ligue 1 s’en servent encore. Soit pour doubler les postes dans les clubs de première partie de tableau, soit pour carrément devenir titulaires dans les clubs qui jouent le maintien. Et la mode s’exporte bien. En Angleterre, les joueurs qui courent vite ont toutes les têtes et sont dans tous les clubs. Et on verra que la plupart d’entre eux ont été soit formés localement, soit recrutés en Ligue 1. Mais on comprendra surtout comment ce terme de « tout-droits » est utilisé à tort et à travers, notamment en rappelant ce qu’est un vrai tout-droit, ce qui nous fera replonger dans nos pires souvenirs de football…

 

UNE CONOTATION EXTREMEMNT NEGATIVE

 

Ce n’est pas injure de dire que les joueurs que tous les fans de foot méprisent sont ces fameux tout-droit, à part quand ils sont les meilleurs joueurs de leur équipe. Mais dans ce cas, on fait souvent le raccourci avec le reste de l’effectif d’un bas niveau. Et, quand on utilise ce terme de tout-droit, cela sous-entend souvent maladroitement qu’ils ne savent rien faire d’autre que courir, ou du moins pas assez bien aux yeux du public. C’est en tout cas la définition originelle.

 

QUI SONT LES TOUT DROITS ?

 

Ces tout-droits viennent toujours des mêmes endroits en Europe : Angleterre et France. C’est à se demander si ce n’est pas un brevet déposé, car les joueurs anglais quittent très peu la Premier League et la majorité des joueurs formés en France prennent la direction de l’Angleterre. On obtient donc une production et une distribution des tout-droits dans un cercle fermé. On connaît les noms par cœur : Walcott, Welbeck, Sturridge ou encore Defoe pour les anglais les plus fréquemment catégorisés « tout-droits », tout comme N’Jie, Ntep ou Nkoudou pour les joueurs assez récents formés en France, qu’ils aient déjà succombé aux sirènes de la Premier League ou non.

 

ETRE RAPIDE = ETRE TOUT-DROIT ?

 

Cependant, le raccourci par lequel on nomme un joueur rapide « tout-droit » parait très injuste. Dans ce monde du football où la technique est devenue la norme de qualité qu’imposent eux-mêmes les supporters, on a forcément tendance à exagérer les profils de certains joueurs. En tout cas, quand on relit la définition officieuse du « tout-droit » (= ne sait que courir vite), on se demande bien comment Daniel Sturridge, souvent moqué et classé dans cette catégorie, a pu former le duo de la terreur en Angleterre lors de la saison 2013/14 en marquant 21 buts en Premier League, faisant de lui le 2ème buteur de Premier League, juste derrière son acolyte Luis Suarez, imbattable. Mais on peut aussi parler de Theo Walcott qui, cette saison, a prouvé qu’il pouvait être d’une grande utilité à Arsenal au poste d’avant-centre… Malheureusement pour lui, les blessures ne l’ont pas laissé tranquille assez longtemps pour qu’il le prouve sur la durée. Côté français, il semble clair que Ntep ne mérite pas l’étiquette d’un coureur de 100 mètres qu’on lui colle encore trop souvent. Sa technique, sa frappe de balle mais aussi sa qualité de centres qu’il améliore à Rennes lui permettent de prétendre à bien plus que ce titre ingrat et réducteur de « tout droit ».

 

POURQUOI LE FAIT QUE L’ATHLETISME EN GENERAL SOIT DE PLUS EN PLUS SOUS-ESTIME EST ILLOGIQUE

 

De nos jours, le fait qu’un joueur soit athlétique semble devenir dérisoire aux yeux des supporters. La technique des joueurs apporte le spectacle que tout le monde veut : c’est devenu la pensée collective et sans nuance. Et pourtant, lorsqu’on observe une bonne partie des joueurs favoris des supporters, on se rend bien compte que certains font leur force par une grande technique mais aussi et indéniablement par un athlétisme ou des qualités physiques ultra-développées. On pense bien sûr à la superstar Cristiano Ronaldo, au plus célèbre box-to-box du monde Yaya Touré ou encore à l’attaquant-vedette de la Ligue 1 Zlatan Ibrahimovic. Ceux-là n’ont absolument aucun problème de vitesse de course et n’ont jamais été considéré comme des tout-droits, mais ils ont des qualités physiques supérieures à la moyenne qui, comme la vitesse peut l’être, sont de plus en plus sous-estimées sous prétexte que la clé du succès passe soit-disant par la technique uniquement. Or, elle passe effectivement par la technique, mais aussi par les qualités purement physiques du joueur. Et c’est parfois ce qui fait la différence entre deux joueurs de niveau international.

 

DÉFINIR UN JUSTE MILIEU

 

Aujourd’hui, les joueurs techniques et très frêles jouissent encore d’une plus grande popularité et d’un plus grand respect que les joueurs costauds et qui ont un peu plus de mal avec leurs pieds. Ce qui est en soit assez logique puisqu’on joue au football et qu’on préfère donc logiquement un joueur qui aligne trois passes plutôt qu’un grand gaillard dont la spécialité sont les coups d’épaule. Mais, par mégarde, certains joueurs un peu plus physiques que techniques ont tendance à être catalogués dans des catégories peu flatteuses, comme celle du tout-droit. A l’inverse, il ne nous viendrait pas à l’idée d’inventer des profils de joueurs insultants pour un joueur technique mais qui ne tient pas la route physiquement. Encore une fois : il s’agit bien de football, donc de ballon. Mais il s’agit aussi d’affrontement à 11 contre 11 pendant 90 minutes, une à deux fois par semaine.

 

TOUT DROIT A VIE ?

 

Ce qu’on a tendance à ne pas noter, c’est que les joueurs avec un faible niveau technique et un fort niveau physique ont tendance à progresser davantage que leurs inverses au cours de leur carrière. Il existe de véritables tout-droits. Ce genre de joueurs que tout le monde déteste car, contrairement aux joueurs cités ci-dessus, ils n’ont jamais prouvé qu’ils pouvaient faire plus que des courses rapides sur le gazon pendant 90 minutes, et encore, ils font parfois moins ! Pour les trouver, il faut penser à des joueurs plus confidentiels. Mais pour prendre un exemple connu de tous, parlons d’un joueur un peu plus ancien de Ligue 1 : Dennis Oliech. A l’origine, il correspond parfaitement à la description du tout-droit, sans qu’on ait à minimiser ses capacités comme on le fait pour Sturridge ou Walcott. Cependant, à la fin de sa carrière, après quelques années de travail à Nantes et à Auxerre, il est parvenu à prouver qu’il avait gagné en efficacité et en justesse. Un tout-droit de Ligue 1 en fin de carrière est parfois une très bonne pioche pour un club de Ligue 2 ou un club qui veut se maintenir en Ligue 1, à condition que ses qualités athlétiques soient encore au-dessus de la moyenne.

 

LES PLUS GRANDES ERREURS DE JUGEMENT

 

Si vous suivez le championnat de France de Ligue 1 depuis au moins quelques années, vous ne pouvez pas être passé à côté des performances de Pierre-Emerick Aubameyang. Son départ en Allemagne, plus précisément à Dortmund, en avait surpris plus d’un car, malgré ses buts et son apport impressionnant à Saint-Etienne, il avait tout du joueur qui devait s’envoler vers l’Angleterre, et cela a tout à voir avec le profil de « tout-droit » qui lui collait à la peau. Il le dit lui-même : « La plupart des gens pensent que la Premier League me conviendrait bien ». Ce qui n’est en fait qu’une conséquence de son image de joueur beaucoup plus athlétique que technique, même si les gens qui le comparaient à un tout-droit ont aujourd’hui vite oublié leurs mots en le regardant émerveiller la Bundesliga aujourd’hui.

 

TOUS TOUT DROIT ?

 

A titre personnel, je pense que les vrais tout-droit, fidèles à la description littérale de ce profil, sont infiniment rares, en Ligue 1 comme en Premier League. En Ligue 1, les petits clubs, ceux qui tendaient à utiliser les tout-droits par le passé, sont désormais entraînés par des hommes qui n’incluent plus autant ce profil dans leurs systèmes de jeu. Tandis qu’en Angleterre, 95% des joueurs qu’on dit « tout-droits » ne le sont tout simplement pas. Il existe bien sûr des joueurs dont la qualité principale est athlétique, mais en aucun cas il ne s’agit de coureurs de fond. Ce sont des footballeurs, avec des bases fortes sur le plan technique. De plus, l’augmentation des moyens des clubs de Premier League permet facilement de remplacer des joueurs qui n’ont pas les pré-requis pour être compétitifs au haut niveau.

 

EN BREF

 

En soit, qualifier un joueur de tout-droit n’est pas une insulte. En revanche, ça le devient quand pratiquement tous les joueurs qui courent plus rapidement que la moyenne sont mis dans cette case qui est très réductrice pour la plupart d’entre eux. Au-delà du tout-droit, toutes les qualités physiques sur-développées qui sont très marquées chez un footballeur font aujourd’hui peur aux spectateurs. Pourtant, ces joueurs sont présents dans tous les grands matchs.

Et il ne faut pas oublier que plus le temps passe, plus un tout-droit n’en est plus un ! C’est comme le bon vin, non ? Presque…

 

 

 

Fabien.F