[EDITO] Le mélodrame de l’AJA (1/2)

02
novembre
2018

Posté par Potatotohs

Posté dans Edito / En affiche / Flash FS / France / Ligue 2

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Zen. C’est le mot d’ordre aux abords de l’Abbé-Deschamps. Alors que l’antre de l’AJ Auxerre s’est refaite une jeunesse pour fêter ses cent ans, ce qui s’y déroule donne encore bien des rides aux supporters. La saison de la montée tourne à la mauvaise descente après un trip jouissif et salvateur l’hiver dernier. Mais voilà tout le problème : l’hiver revient. Alors, vous pouvez voir cela de deux façons : si l’hiver revient, peut-être qu’un nouveau réveil se prépare. Ou bien, comme moi, vous pensez que le retour de l’hiver, ça rappelle surtout que le précédent s’est terminé il y a bien trop longtemps…

 

Je pense que c’est un bon point de départ, ça. 21 décembre 2017 : Pablo Correa signe à l’AJ Auxerre. Et pour cause, le club pointe à la 17ème place de Ligue 2 et n’a remporté aucun de ses sept derniers matchs de championnat sous Francis Gillot et David Carré, ce dernier ayant pris l’intérim lors de la 19ème journée perdue à Ajaccio. Déjà des maux très clairs à l’époque étaient identifiés, et l’un d’entre eux faisait l’unanimité autour du club : la dépendance. L’équipe ne marquait pas assez sans Mohamed Yattara (9 titularisations pour 5 buts et 2 passes décisives), la défense flanchait sans Abdoul Ba (14 buts encaissés en 13 titularisations/14 buts encaissés lors des 6 autres matchs)… Voici les deux hommes forts d’une première partie de saison ratée. Pour autant, peut-on dire que l’AJA aurait réussi sa demi-saison sans les absences de ces derniers ? Sans vouloir minimiser les qualités de Yattara et Ba, on se doit de souligner les très faibles niveaux de leurs remplaçants pour tenter de trouver un semblant d’explication aux carences liées à leurs absences : le mercato raté de l’été 2017 a amené Pape Sané et Ivan Firer, et ni le premier ni le second ne pouvait faire illusion lorsque Yattara squattait l’infirmerie. En défense, Tacalfred prenait le relais lors des absences de Ba, et celui qui était alors capitaine de l’équipe aura signé une première partie de saison désastreuse.

 

Mais ce n’est pas tout. Aucun supporter assidu de l’AJA ne saura oublier l’amour inconditionnel que Francis Gillot portait à Ludovic Obraniak qui, malgré des performances quelconques sur le côté droit de l’attaque, n’a pratiquement jamais quitté le onze titulaire sous le règne de l’ancien entraîneur sochalien. Certaines réticences face à la jeunesse ont aussi défini le parcours de ce dernier, exceptions faites pour Carlens Arcus, installé au poste de latéral droit pour compenser le recrutement raté de Youssouf, inapte au poste, et Hamza Sakhi, devenu le remplaçant favori de Gillot qui s’est en outre servi des autres jeunes joueurs pour faire passer des messages. Romain Montiel titulaire pour forcer le club à recruter un buteur ou plutôt, pardon, un Ivan Firer… En voilà un grand moment de l’épopée gilotienne, déjà entre désespoir et pathos à la fin août. Pour les autres jeunes joueurs, il ne s’en est presque pas servi puisque ni Lamine Fomba, ni Nathan Bizet ou encore Yanis Begraoui n’ont eu la moindre minute de jeu sous les ordres de ce staff, alors que Fumu-Tamuzo se contentait de grignoter des fins de match.

 

Des problèmes sur la qualité du banc mais aussi sur les choix du coach ont gangrené l’ère Gillot. Lui qui, rappelez-vous, arrivait avec des idées bien claires qu’il ne cachait pas. Le fameux 442 très offensif comme système indéboulonnable, pour lequel le club recrute Youssouf (« oops », trop offensif) et transforme le prêt de Touré en transfert définitif sans vraiment savoir à quel poste il jouait. Si vous voulez mon avis, avec un meilleur banc et des choix plus cohérents (on revient au problème Obraniak), alors oui, l’AJA aurait pu faire mieux. Alors qui a vraiment fait foirer cette demi-saison ? Francis Gillot ou Cédric Daury ? Jusqu’à preuve du contraire, Francis Gillot faisait ses feuilles de match lui-même. Pour le reste, difficile d’évaluer objectivement la responsabilité du directeur sportif sur chacun des recrutements. Nul doute qu’au sein du club, les responsabilités de l’échec sont bien claires. Mais autour, tout supporter icaunais assidu sait que la cellule de recrutement du club est défaillante depuis près d’une décennie, exception faite pour les joueurs de moins de 18 ans. Précisément ces joueurs post-formés qui font gagner match après match les équipes de jeunes. Alors quand se rendra-t-on compte qu’un tel investissement dans le recrutement est véritablement précieux pour faire gagner les matchs à l’étage supérieur également ?

 

C’est donc avec des problématiques bien définies, dont certaines qui a priori ne relèvent pas de ses compétences, que le coach uruguayen arrive à la tête d’une équipe qui avait démarré sa saison dans l’espoir de jouer la montée (ou ne fallait-il pas le dire ?), ou du moins construire quelque chose de solide pour envisager une montée sur le moyen terme (une porte de sortie facile en cas d’échec). Il faut bien avouer que les réactions à la venue de Pablo Correa étaient mitigées. Non pas qu’elles étaient divisées en deux camps (pour et contre), mais que chacun voyait les bénéfices (connaissance de la Ligue 2, montée plusieurs fois) mais aussi les inconvénients (adieu le fantasme du football-spectacle à l’Abbé Deschamps) d’une telle arrivée.

 

Il n’empêche que Pablo Correa n’a pas attendu longtemps avant de prendre les problèmes à bras le corps. Ivan Firer n’a su obtenir la moindre minute de jeu en deuxième partie de saison. Après deux matchs, Ludovic Obraniak a complètement disparu des onzes successifs du coach uruguayen… Et, je dois bien avouer qu’à l’époque, on en demandait pas tant ! Allez, soyez honnêtes : qu’attendait-on ? Un replacement, un passage sur le banc pour quelques entrées en jeu, une place en bout de banc avec un micro pour que Ludo puisse préparer tranquillement sa retraite sportive… Et non. C’est à la maison que Correa a renvoyé l’international polonais qui n’a plus intégré la feuille de match auxerroise après le 6 février et la défaite face aux Herbiers en 8ème de finale de Coupe de France. Il y a alors deux façons de voir les choses : soit on se dit « bon débarras », soit on se dit que c’est une solution facile de la part de Correa de ne pas avoir essayé Obraniak à un poste qui lui siérait mieux et auquel il aurait peut-être pu faire l’affaire… Personnellement, sur ce point précis, je laisse le bénéfice du doute au coach. Je doute fortement qu’Obraniak aurait pu justifier son salaire, même à un autre poste.

 

La tension était à son comble lors du premier match de Pablo Correa, en Coupe de France. On se souvient du triste épisode des banderoles anti-Tacalfred… Chacun se fera son avis. Moi je peux comprendre la frustration car je la ressentais aussi, mais en aucun cas on ne peut cautionner le fait que des supporters s’en prennent verbalement à un joueur pendant un match, encore plus lorsqu’il s’agit d’une rencontre en tout petit comité comme c’était le cas ici. Les noms d’oiseaux avaient d’ailleurs donné des ailes au capitaine auxerrois puisqu’il avait marqué ce jour-là… Oh pardon, capitaine ? Alors non, veuillez m’excuser car ça aussi, Pablo Correa a tenu à le rectifier en retirant le brassard à Tacalfred pour le donner à Jordan Adéoti. Mais je dois bien avouer que, de l’extérieur, on a pas bien compris le pourquoi du comment. On retiendra que la suite avait sans doute donné raison au coach sur ce coup. Peut-être voulait-il changer d’exemple… Celui de Tacalfred étant particulièrement mauvais. Il n’empêche que ce dernier n’a pas quitté le onze auxerrois, profitant de ce but pour enchaîner les matchs jusqu’à ce que sa seule concurrence, j’ai nommé Yaya Vieux Sané « on sait pas il est où », ne disparaisse des écrans radars pour une blessure, pour un choix, pour une maladie…. On s’y perd un peu.

 

Pas de recrue hivernale… Enfin, si, Francis Graille vous dirait bien que Mickaël Barreto est « comme une recrue », mais personnellement je n’avais pas encore entendu parler des recrues qui signent leur contrat et déménagent six mois à l’avance. Il faut dire que les résultats de janvier confortaient le club sur le potentiel de l’effectif : en six matchs, l’AJA avait inscrit 19 buts (à titre de comparaison, elle en avait inscrit 23 sur l’intégralité de la première partie de saison). En fait, à ce moment-là, on se serait presque souvenu que l’Uruguay, c’est pas si loin du Brésil… Et puis on se réveille, on ouvre les yeux et on se rend compte que, aussi appréciables que ces victoires pouvaient être, chacune d’entre elles a dû être obtenue avec les tripes. C’est peut-être ça le point positif de cette période. L’équipe n’avait rien du projet de beau football que Francis Gillot voulait mettre en place, mais les joueurs se battaient de la première à la dernière minute. Et aussi normal que ça puisse paraître aux oreilles d’un supporter d’un autre club, ces performances étaient plutôt rafraîchissantes à Auxerre. Et les résultats suivaient.

 

Et comme rien n’arrêtera jamais la communauté icaunaise de débattre, cette vague de résultats plus que positifs a entraîné des espoirs fous… Et si, après une première partie de saison terminée à la 17ème place, l’AJA parvenait à monter en Ligue 1 ? Mettons les choses au clair : je ne croyais pas plus à cette remontée express que je ne crois à la montée aujourd’hui. Était-elle mathématiquement possible ? Oui. Mais le football, c’est la vérité du terrain. La vérité du terrain en Ligue 2, c’est que toute série positive a une fin. Et celui qui monte en Ligue 1 à la fin de l’histoire n’est pas forcément celui qui accomplit la plus longue série, mais celui qui se relève le plus rapidement entre chaque série. C’est pourquoi la montée, c’est une aventure d’une saison. Et je n’ai pas besoin d’aller vérifier dans les archives de la LFP pour deviner que jamais un club n’a obtenu sa promotion vers la Ligue 1 après une telle première partie de saison. Et c’est pourquoi même dans notre situation actuelle, et nous y reviendrons, le moindre petit résidu d’espoir est selon moi très malvenu.

 

Mais alors que les espoirs se réveillaient chez certains supporters en janvier et février, tout s’est effondré. A nouveau. Comme si quelqu’un voulait nous rappeler que cela restait la Ligue 2 et qu’on devait se souvenir que nous n’en sortirions pas aussi facilement que nous y étions entrée. Mais avant d’y arriver, un mot sur cet état de grâce auxerrois l’hiver dernier.

Je vous ferais bien une liste du banc, mais autant dire directement qu’il n’y en avait pas. Et c’était peut-être le plus fou. Les résultats s’enchaînaient et étaient créés par un groupe très imparfait. Y comprit dans ce onze, on a vite vu les limites de certaines associations (Tacalfred/Ba, Adeoti/Touré), de certains positionnements (Sakhi sur le côté lorsque Barreto est là)… Et pourtant, d’autres associations (Polomat/Philippoteaux) et d’autres positionnements repensés (Sakhi dans l’axe quand Barreto n’est pas là) passaient au-dessus de ces limites pour pratiquement les faire oublier. Le plus fou était là : l’équipe gagnait alors qu’avec les moyens engagés pour cette saison, l’effectif aurait déjà pu être bien supérieur. Soyons clairs : Obraniak ou encore Vieux Sané n’étaient pas payé un paquet de cacahuètes et des chips tous les mois… Toujours est-il que cette saison-là, l’AJA ne s’est jamais aussi bien portée que sans eux.

 

Comme un signe du destin (ou une conséquence logique), c’est face à Brest, début mars, que l’AJA chute pour la première fois en championnat sous Pablo Correa. Ceux qui croyaient encore à la montée ont pleuré cette défaite… Mais le couplet que je vous sors sur les belles séries qui ne sont jamais éternelles semble encore plus vrai quand on affronte une équipe qui, elle, n’a pas attendu janvier pour se mettre en confiance en glanant des points (et finira en play-off de montée). Les trois matchs nuls ayant d’ailleurs précédé cette défaite finalement prévisible étaient d’ailleurs face au Havre, face à Nîmes et face au Paris FC. Trois équipes efficaces en 2017/18 qui ont largement profité de leur rythme et de leur confiance face à notre collectif certes en forme mais loin d’être rodé.

 

Ce match face à Brest témoignait aussi des premières absences d’Arcus et Sakhi. Si l’absence du premier n’a fait que révéler un peu plus les faiblesses de notre banc (Moussa Diallo étant sorti du chapeau de Pablo pour la première fois et à la surprise générale), celle du second a fait apparaître un autre problème qui, qu’on le veuille ou non, traîne encore sur la pelouse aujourd’hui, match après match. Ce problème, c’était qu’à l’époque déjà, si Sakhi n’était pas sur le terrain, il n’y avait pas de jeu. Dans le 4231 (le quoi ?) installé par Pablo Correa lui-même, placé dans l’axe ou à droite (quand Barreto n’était pas aux soins), le semblant de jeu que cette équipe pouvait dessiner passait par Sakhi. Que restait-il sinon ? Les combinaisons Polomat-Philippoteaux ? Je veux bien l’avouer, ça faisait plaisir à voir, mais si on ne devait s’appuyer que sur ça, c’était bien trop mince pour gagner des matchs…

 

Surtout quand l’un d’entre eux, une semaine plus tard, se met à taper sur son coéquipier. Alors, oui : personne n’est dans l’intimité du vestiaire. Personne ne saura si petit Micka avait dit du mal de la maman de Pierre-Yves, ou si petit Pierre-Yves avait poussé Micka dans dans les couloirs… Tout ce qu’on retiendra, c’est que cette bagarre ne nous a sans doute pas coûté le match pendant lequel elle a eu lieu, déjà perdu, mais qu’elle est parvenue à transformer l’AJA en la risée de toute l’Europe. Je dois dire qu’en terme d’ascenseur émotionnel, là, on a fait fort… Et les sanctions ont suivi. Elles avaient un sens. Les travaux donnés à Barreto étaient intelligents. On pourra toujours discuter la durée de la sanction, pas plus longue que celle donnée par la LFP. Mais on a bien compris que si Barreto bénéficiait d’un sursis et pas Polomat, c’est parce que ce dernier n’en était pas à son coup d’essai. A ce moment-là, il ne nous restait plus qu’à regretter de ne plus avoir un joueur comme Polomat dans nos rangs après sa bonne saison sous les couleurs icaunaises.

 

Et voilà qu’après avoir remporté notre maintien face à Bourg-et-Bresse et tandis que la montée relevait alors de l’utopie, tout le monde baisse les bras. Enfin, veuillez m’excuser, la version officielle était « préparer la saison prochaine »… Ou pour ceux qui trouvent cela pas assez crédible, « Ba est blessé », « Momo n’est pas à 100 % », « Poto s’est blessé »… L’ère des excuses. En avril et mai 2018, l’AJA signe 1 victoire, 1 match nul et 5 défaites. Alors, si préparer la saison prochaine était la consigne, je dois dire que la mission est accomplie puisqu’il s’avère que l’équipe est bel et bien partie sur les mêmes bases…

 

A suivre. Partie 2 le mercredi 7 novembre

 

 

@PatateAJA