Chinese Super League, nouvel eldorado du football mondial ?

12
janvier
2017

Posté par Anthony G.

Posté dans En affiche / Etranger / Flash FS

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Janvier 2017. Quand les clubs chinois viennent en Europe avec les valises pleines de billets, il est difficile de résister à l’appel du pied de la Chinese Super League. Depuis peu, le championnat Chinois est devenu attractif avec les sommes dépensés par les clubs sur le mercato. Chaque équipe compte bien élever le niveau d’intensité et médiatique pour la saison 2017. Retour sur le développement de cette ligue, du pays et les choix surprenants de certains joueurs.

1) CSL: le nouvel eldorado du football mondial

Après les Etats Unis, les pays du Golfe, l’Indian Super League, c’est au tour de la Chine de se faire un nom dans l’industrie footballistique mondiale. Il faut dire aussi que le championnat ne manque pas d’arguments convaincants pour attirer de grands noms du football. Entre le joueur en quête d’un dernier gros contrat pour finir sa carrière, ou d’autres pour se relancer (avec un gros chèque): le championnat est devenu une destination intéressante. Depuis quelques années, la Chine à travers son développement économique tente de devenir un championnat majeur.

En 2016, les clubs du championnat ont dépensé près de 300 millions d’euros sur le marché des transferts pour enrichir leur effectif de joueurs étrangers. Même la Barclays Premier League n’était pas à ses chiffres démesurés. Mais les profils sont bien différents: les derniers gros transferts à l’exception de Carlos Tevez qui touchera un salaire astronomique, les autres joueurs ne sont pas en fin de carrière. Les joueurs comme Ramires, Guarin, Pellè, Witsel et bien d’autres peuvent être des joueurs importants dans de nombreux gros clubs européens. Cette folie dépensière concerne aussi plusieurs clubs de deuxième division chinoise, qui n’hésite pas à dépenser plusieurs millions d’euros. L’explosion des droits télévisés explique cela, mais c’est aussi une décision politique. Pour s’installer durablement dans le football mondial, la Chine veut développer le football dans sa société actuelle pour devenir une véritable nation à l’échelle mondiale. Pour y parvenir, le pays se développe pour proposer cette pratique à sa population. Mise en place de terrains de football sur l’ensemble du territoire, développement de nombreuses académies (on parle de 20.000), formation d’un grand nombre d’entraineurs, etc . Pour résumé, la Chine veut une pratique régulière du football sur l’ensemble du pays.

Cela ne date pas d’hier, depuis plusieurs années de nombreux clubs européens ont déjà mis en place des académies sur le territoire chinois. Prenant l’exemple du Toulouse FC notamment en Ligue 1, ou les clubs locaux de Chinese Super League qui ont des académies (payantes). Développer une culture du football prendra du temps, mais le pays se donne les moyens pour y parvenir. L’objectif ensuite sera de s’installer dans les meilleurs au niveau mondial pour devenir un vrai pays de football. A titre de comparaison, ni les Etats-Unis, l’Inde ou encore les pays du Golfe ont eu envie de mettre en place une réforme aussi importante pour développer le football et son championnat.

De plus, si on compare par rapport à nos championnats européens, la CSL attire du public dans les stades. Les affluences sont bonnes, avec quelques clubs au-dessus en popularité et au modèle économique, médiatique plus très développé. Prenant l’exemple du club de Guangzhou qui a plus de 40.000 spectateurs sur chaque rencontre. Avec son bassin de population notamment dans les grandes villes, la Chine développe son football et son image pour attirer du public dans les stades.

2) Et dans le jeu, ça donne quoi ?

Petite précision, je ne suis pas un spécialiste de la Chinese Super League, mais par curiosité j’ai déjà suivi quelques rencontres. Si vous regardez le club de Guangzhou Evergrande, le champion en titre du championnat, vous allez prendre du plaisir et y voir de la cohérence dans leur projet. Avec quelques joueurs majeurs comme Paulinho notamment et des joueurs “locaux” d’un très bon niveau, elle est l’équipe avec l’effectif le plus homogène du championnat. Le club fait figure d’exception dans ce championnat par ses nombreux titres, elle est capable d’être performante en Ligue des Champions. Pour le reste, il y a des équipes “outsiders” avec des effectifs intéressants. Prenons le cas des deux clubs de Shanghai: Shenhua et SIPG. Ce premier ou joue actuellement Tevez, Guarin, Demba Ba, Martins et ce second ou évolue Hulk, Oscar ou encore Carvalho sont les outsiders de ce championnat. On peut aussi parler du Jiangsu Suning qui tourne bien en championnat, club du Brésilien Alex Teixeira.

Pour le reste, c’est autre chose. Le fameux Hebei, qui a dans son effectif les Lavezzi, Gervinho ou Mbia est un véritable flop. d’autres clubs qui ont aussi investi ont malheureusement de très mauvais résultats. Une mauvaise adaptation des étrangers avec les joueurs locaux, un écart majeur entre les joueurs et de mauvais choix: le championnat est pour le moment à deux vitesses avec des niveaux très hétérogènes. Prenons un exemple, la Gantoise club de Jupiler Pro League en Belgique, dispute un amical il y a quelques jours contre le Yanbian Funde FC, 8ème (sur 16) de la dernière saison en CSL. Une victoire très large (11–0) qui surprend Hein Van Haezebrouck, le coach de l’équipe Belge:

« Le niveau du football chinois est encore plus faible que ce que j’avais imaginé. Regardez, on nous a proposé deux équipes chinoises, une D1 et une D2. Je suis content d’avoir choisi la première option. Leur niveau était digne d’une D3 en Belgique. Après le repos, je dirais même une provinciale. Le rythme était lent et il y avait des boulevards entre les lignes. »

 

3) Un vrai projet à long terme ?

Là ou le projet semble difficile à long terme pour le football Chinois dans son ensemble et son championnat, que se passera t-il s’il n’y a pas de résultats à moyen terme ? Comment combler ce retard sur de nombreux pays en Asie, pour devenir une nation importante du football ? Si les transferts majeurs de ses clubs ne permettent pas de développer aussi bien l’image et le niveau de leur championnat, peut-on imaginer la fin de ses investissements ? A voir à moyen terme si la sélection Chinoise arrive à avoir des résultats et à se qualifier pour la Coupe du Monde notamment. Il sera difficile de maintenir le projet ambitieux si les résultats ne suivent pas assez rapidement. Autre problème, dans cette société différente du modèle européen, est-ce que les parents laisseront plus de temps pour que leur enfant pratique plus souvent le football au détriment des études ? C’est un véritable changement de société qui devra se mettre en place. Le développement des académies à travers tout le pays aidera certainement à développer l’importance du sport et du football pour l’enfant.

Pour réussir ce projet, la Chine devra être capable d’avoir des objectifs à long terme pour développer son football et son championnat. Si les clubs arrivent à attirer des joueurs majeurs, la sélection ou les clubs ont des résultats à moyen terme, la Chine peut devenir une très grande nation mondiale.

4) “Mettre sa famille à l’abri” messieurs, assumez vos choix !

Avec l’arrivée de nombreux joueurs prometteurs en Chinese Super League, on peut se poser la question du projet de ses joueurs. Prenons l’exemple de Carlos Tevez, qui deviendra au Shanghai Shenhua le footballeur le mieux payé devant Messi et Cristiano Ronaldo. Peut-on lui en vouloir ? Difficile de refuser une offre aussi alléchante surtout en fin de carrière. Après, cela reste critiquable. Il avait déclaré en 2010:

”Je suis fatigué par le football, fatigué par les gens qui travaillent dans le football. Le football, c’est seulement de l’argent et je n’aime pas ça”

Un choix à l’inverse de ses “valeurs” mais difficilement refusable vu l’offre du club Chinois. Mais pour les autres joueurs, quelle est leur motivation ? Alex Witsel, international Belge et ancien joueur du Zenith est le cas le plus surréaliste de ce mercato hivernal. Approché par la Juventus de Turin, le joueur a refusé un contrat à 6 millions d’euros annuels pour se tourner vers Tianjin Quanjian, promu de CSL. Pour justifier son choix, le joueur déclare:

«J’avais une offre que je ne pouvais pas refuser pour le futur de ma famille»

Pour un joueur touchant déjà trois millions annuels en Russie, sa déclaration est surprenante. Et finalement, c’est ce que je reproche à ses footballeurs qui prennent l’aspect financier avant le projet sportif. Est-ce un problème ? Non, au contraire. Si le joueur souhaite choisir son prochain club en fonction du montant financier, c’est son choix et personne ne peut contredire cela. Même si le choix se fait entre le FC Barcelone et Tianjin, c’est le même constat. Par contre, le joueur “assume” sa décision pleinement de choisir l’aspect uniquement financier sans se trouver des excuses. Si Witsel déclare que son choix est uniquement financier, que le projet sportif n’est pas sa priorité: je suis d’accord. Utiliser la fameuse phrase “pour mettre à l’abri sa famille”, c’est difficilement acceptable. Avec trois ou six millions annuels, il peut mettre à l’abri sa famille et la génération suivante. Dans ses joueurs qui ont signé pour l’aspect financier, aucun ne déclare (à ma connaissance) qu’il souhaite découvrir une autre culture, un nouveau football, développer un business pour sa reconversion à long terme, être un ambassadeur du football chinois pour développer son championnat. Avec comme exemple le modèle de la MLS (Major League Soccer) et le développement par des joueurs comme Beckham ou Henry il y a quelques années.

Admettre le choix financier sans forcément l’assumer, c’est tout ce que je reproche à Witsel et d’autres joueurs aujourd’hui. La fameuse déclaration de mettre à l’abri ses proches n’est pus possible. Pour beaucoup de joueurs, il est “impossible” de refuser une offre aussi importante. Mais finalement, rien ne vous empêche de dire oui, assumer vos décisions jusqu’au bout. Bien sur, très peu de joueurs ont des offres aussi élevés, mais pour le cas Alex Witsel qui a 27 ans, cumule déjà pas mal de saisons au haut niveau: il n’est pas en situation ou le plus gros contrat est une obligation. Que faire alors ? Changer de discours ! A l’avenir, ne soyez pas choqués des montants à venir dans le football moderne, le système économique du football ne dépend pas des joueurs. Par contre, critiquer l’abandon du projet sportif par un joueur à potentiel et international, c’est ce qui devrait vous faire réagir. Un peu de vérité dans le discours ne ferait pas de mal.

Bonus: quand les internautes se moquent de Witsel

Pour se moquer de cette déclaration, des internautes ont ouvert un groupe de soutien sur Facebook, intitulé «Appel aux dons pour aider Axel Witsel à mettre sa famille à l’abri». Attention, la page ne récolte pas des dons pour le joueur, mais publie uniquement des messages satiriques. L’humour belge, qui rassemble + 11.000 personnes.

Ali