Boudaoud « Je suis un fan inconditionnel de l’AS Saint-Étienne et de l’Equipe de France »

21
février
2017

Posté par Anthony G.

Posté dans Edito / En affiche / Flash FS

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Kader Boudaoud est un journaliste sportif qui officie sur France Télévisions depuis 17 ans. Il commente et présente les matchs de Coupe de la Ligue et Coupe de France aux côtés des Fabien Lévêque, Jérôme Alonzo, Marc Libbra entre autres. Il travaille également pour Stade 2 où il fait ce qu’il préfère : raconter des histoires sur le foot ou sur les acteurs du foot à travers ses reportages, de Paris à Liverpool en passant par Munich et Buenos Aires. Dans cet entretien le natif de Brignolles, de parents algériens, nous narre notamment son parcours, sa rencontre avec Emmanuel Petit, dit Manu, ce qu’il pense du foot et du journalisme, ses souvenirs de Coupe du Monde, de matchs commentés et de son club l’AS Saint-Étienne.

 

Thom G : Salut Kader, merci de nous accorder cet entretien. Peu d’informations à ton sujet sur Internet, peux-tu te présenter en quelques mots et nous conter ton parcours ?

 

Kader Boudaoud : Je suis né à Brignoles, fils d’immigrés algériens, j’ai fait mon lycée à Brignolles. Aujourd’hui, je vis entre Paris et Toulon. J’ai toujours été intéressé par le journalisme et pour intégrer une école de ce type il me fallait un Bac+2. Du coup, j’ai été à Aix faire un DEUG de socio et étant vraiment intéressé j’ai continué jusqu’à obtenir ma licence puis une maîtrise de communication mass-média. Ensuite, j’ai postulé à l’École de Journalisme et Communication de Marseille où j’y ai fait 2 ans. Ma carrière a commencé au journal local Le Provençal (devenu La Provence après fusion avec le Méridional). J’ai ensuite été prit en CDD dans ce journal, mon premier boulot était donc dans le Vaucluse mais je n’étais pas journaliste sportif encore à cette époque. Je suis ensuite parti à iTélé quand la chaîne a débuté. J’y suis resté un an puis, je suis parti en CDD à France Télévisions au service des sports. J’arrive en même temps que Charles Biétry, l’inventeur de l’homme de terrain, et Christophe Josse. C’est Charles qui m’a mit au foot en tant qu’homme de terrain justement.

 

TG : À la radio ou à la télévision, t’as-t-on déjà demandé d’abandonner ton accent du sud ?

 

KB: Non, mon professeur à l’École de Journalisme m’a toujours encouragé à le garder, cela garde mon originalité. Et puis cela peut me rapprocher des téléspectateurs car, comme on dit, la TV ressemble à ceux qui la regardent, encore plus sur le service public. Mais mon accent se perd vu que cela fait vingt ans que je suis sur Paris. Je n’ai jamais fait de radio, j’aimerai animer une émission, c’est un de mes projets.

 

TG : Que penses-tu du journalisme et du journalisme sportif d’aujourd’hui ?

 

KB : Pour moi, le journalisme est un sacerdoce, le journaliste a la responsabilité de raconter, retranscrire la réalité. Qu’est-ce-qui fait la valeur d’un journal ? C’est la valeur informative de ce qu’il retranscrit. Quand je vois le journal de 13h, je m’en contrebalance de savoir que le meilleur champignon se trouve en Lozère ou en Picardie, je veux l’info du jour, ce qui s’est passé. S’il n’y a que des reportages sur les champignons ou les crêpes ça n’a pas beaucoup de valeur informative. Quand au journalisme sportif, je trouve qu’aujourd’hui il y a trop d’émission de talk, de blabla et pas assez de reportages comme l’émission Intérieur Sport (diffusée sur Canal+). En quoi ça nous apporte de savoir s’il y avait pénalty ou non ? Coup franc ou non ? Ce sont des faits de jeu point.

 

TG : D’où te viens cette passion pour le football ?

 

KB : Comme beaucoup, c’est une histoire familiale. Mon grand-frère demandait la permission pour regarder les matchs de Coupe d’Europe le mercredi soir, c’était les matchs de Saint-Étienne, la grand épopée en 1976. Puis, j’adore le sport en général.

 

TG : Tes clubs favoris ?

 

KB : Je suis un fan inconditionnel de l’AS Saint-Étienne et de l’Equipe de France. J’aime beaucoup la Juventus Turin à l’époque de Platini, Zidane, Trezeguet… Liverpool ( pour l’histoire de la ville notamment) que j’ai eu la chance de commenter et le Boca Juniors.

 

TG : D’ailleurs, un petit mot sur l’ASSE ?

 

KB : Ils n’ont pas eu de chances avec les blessures, mais ils s’en sortent plutôt bien. Je suis un fan de Christophe Galtier (première expérience en tant que numéro 1, rappelons le). C’est un club sérieux qui ne vend pas du rêve, c’est un club objectif, je suis satisfait ce qu’il représente et de la saison qu’ils font. Sur le plan du jeu, je trouve qu’ils jouent moins bien qu’il y a deux ans par contre.

TG : Outre le football, y-a-t-il d’autres sports que tu apprécies ?

 

KB : J’adore le basket que j’ai pratiqué, je me fais des nuits blanches pendants les Play-Offs de la NBA. Je n’ai pas forcément d’équipes favorites, mais j’étais très Lakers dans les années 1980, les Bulls, New-York… J’aime beaucoup aussi le rugby.

 

TG : Revenons au foot, que penses-tu du football actuel ?

 

KB : Le business dans le foot existe par les droits télé, je suis pas choqué des salaires des joueurs mais je suis choqué par la valeur. Aujourd’hui, le footballeur c’est comme une marchandise de luxe. Les championnats anglais, allemands notamment, ont de gros droits TV largement supérieurs aux nôtres, mais l’arrivée des qataris (PSG), des russes (Monaco), de McCourt (OM) ou encore de Lopez (Lille) ça fait et ça va faire du bien au foot français. Après, en France, le problème des droits TV c’est que le foot n’est plus un spectacle populaire mais un spectacle de luxe, c’est un événement privé car on ne peut pas tous se payer 30€ pour Canal ou 15€ pour BeIn par exemple.

TG : Un mot sur la finale de Coupe de la Ligue, qui oppose l’AS Monaco au Paris-SG et sur la Coupe (très critiquée) en elle-même ?

 

KB : C’est une finale de rêve avec un Monaco qui réduit l’écart sur Paris et qui peut détrôner le club de la capitale (le club parisien est le tenant du titre depuis 3 ans). En plus de cela, pour France Télévisions c’est génial d’avoir ce genre d’affiche ! Quand à la Coupe en elle-même je l’adore, elle permet aux clubs de gagner de l’argent facilement, d’avoir l’occasion de se qualifier en Coupe d’Europe en 3 ou 4 matchs seulement puis elle permet également à des jeunes de se révéler, de se montrer, elle peut créer un déclic pour des jeunes joueurs ou pour des clubs qui sont dans une mauvaise passe. Ca reste également du foot gratuit à la TV. Je ne comprends pas trop cet abattage des supporters sur cette coupe, dans le monde pro, elle est adorée. Et je trouve cela très bien que la finale soit délocalisée (pour la première fois, la finale a été délocalisé du Stade De France, elle aura lieu à Lyon le samedi 1er avril 2017), en plus dans le magnifique Parc OL.

 

TG : Que penses-tu du championnat version 2016-2017 ?

 

KB : Je le trouve très homogène, incertain. C’est un bon championnat avec de bons matchs, il est très intéressant. J’ai l’impression que cette année les clubs jouent pour gagner et non plus pour perdre.

 

TG : As-tu un œil sur d’autres championnats ?

 

KB : J’ai un œil sur l’Angleterre en partie car j’ai commenté le derby Liverpool-Everton en Coupe d’Angleterre il y a quelques années sur France 4 et j’apprécie également le fait qu’il y ait pas mal de français. Les plus de cette année sont pour moi le Chelsea de Conte qui est très agréable à voir jouer et Arsenal. Le moins c’est le Manchester United de José Mourinho, plutôt déçu parce qu’ils font. Sinon j’ai suivi le foot allemand quand Ribéry parlait encore aux médias français, je suis allé l’interviewer quelques fois.

 

TG : Tu as eu la chance de commenter la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud, quels en sont tes meilleurs moments ?

 

KB : Dans cette Coupe du Monde, il y a une dimension dramatique avec l’épisode des Bleus, et en même temps c’était une très belle Coupe du Monde. Le ¼ de finale Ghana-Uruguay est un souvenir merveilleux. Je le commentait avec Alain Giresse, ancien sélectionneur de plusieurs nations africaines. Ce fameux match où Gyan rate un pénalty très important, la main de Suarez… Cette Coupe du Monde est un souvenir que je n’oublierais jamais.

 

TG : Comment a été vécu le fameux et non moins douloureux épisode Knysna côté journalistes ?

 

KB : Je l’ai mal vécu comme beaucoup d’entre nous. Pas de près par contre puisque je commentais les matchs et je ne faisais pas de reportages mais c’était un gros étonnement. Je l’ai surtout vécu à travers Alain Giresse qui lui a porté fièrement le maillot Bleu. Il ne pouvait plus aller dans les médias center car il était affublé de questions. C’était un moment très difficile et Emmanuel Petit (qui était en plateau et était consultant pour France TV pour la Coupe du Monde) ne comprend toujours pas ce qu’il s’est passé.

 

 

TG : En parlant de Manu Petit, tu as une anecdote sur lui ?

 

KB : Ouais, celle que je raconte dans la préface de son livre (Franc-Tireur aux Editions Solar) : notre rencontre. On se retrouve dans un hôtel, il avait l’air distant. Je lui demande si il préfère que je l’appelle Manu ou Emmanuel et il répond qu’il s’en fout, mais c’était bizarre. Quelques mois après il me demande « Tu penses quoi de mes propos sur Zizou ? ». Il avait peur que je ne l’aime pas à cause de cela car comme Zidane j’ai des origines algériennes. Sa sensibilité me touche de par son histoire et sa personne ; je trouve que le titre de son livre « A fleur de peau » lui correspond bien. Il a l’audace de parler et ça c’est bien, c’est rare.

 

TG : Revenons en au football, quels sont tes meilleurs souvenirs dans un stade de foot ?

 

KB: Le match Uruguay-Ghana dont j’ai parlé précédemment et également Liverpool-Everton en 1/8e de finale de Coupe d’Angleterre à Anfield que j’avais évoqué. Au moment où l’hymne « You’ll never walk alone » commence je me tais et le car régie se pose pleins de questions. Pourquoi tu parles plus ? T’as un problème ? J’allais très bien mais je voulais simplement faire profiter les téléspectateurs de ce qui se passait dans le stade, c’était magique. En plus lors de ce match, il y avait Sylvain Distin qui est un ami et qui jouait encore à Everton.

 

TG : Ton pire souvenir ?

 

KB : Je n’en ai pas forcément, mais je dirai la déculotté prise par la France face aux Pays-Bas à l’Euro 2008.

 

TG : Quelle est ton idole de jeunesse ?

 

KB : Mon idole c’est Maradona que j’ai pu croiser lorsque je faisais des reportages sur le Boca Juniors et sur Naples. C’est un mythe.

 

TG : Et celui qui t’impressionnes le plus aujourd’hui ?

 

KB : Loïc Perrin (rires). Plus sérieusement, c’est Eden Hazard, il a vraiment un truc en plus et à mon avis il n’a pas encore exprimé tout son talent.

 

TG : Comment prépares-tu les matchs que tu commentes ?

 

KB : C’est simple : je regarde l’effectif, la fiche des joueurs, la fiche du club, j’appelle un confrère de la presse régional pour en savoir plus, je m’entretiens avec le coach, la veille du match je vais à l’entraînement… Mon but final est de raconter une histoire.

 

TG : Daniel Lauclair, dit Dany la mèche, te manque-t-il ?

 

KB : Oui bien sûr, c’était mon voisin de bureau. Une bonne personne, j’appréciais son ton décalé. Mais ses appels à outrance, car il connait énormément de monde, ne me manquent pas ! (rires)

 

TG : Comptes-tu présenter Stade 2 un jour ?

 

KB : Non, ce n’est pas quelque chose qui m’intéresse. Je suis un reporter dans l’âme, ça me manquerait trop de ne plus faire de reportages, puis je ne pense pas en avoir les capacités.

 

TG : Ton actualité ? Tes projets ?

 

KB : La finale de Coupe de la Ligue et bien sûr l’Euro féminin en juillet !

 

TG : Grand merci Kader pour cette interview réalisé pour FootballSupps !