Le bilan d’Emery

03
avril
2018

Posté par Kofal

Posté dans En affiche / Flash FS / France / Ligue 1

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Le Paris Saint-Germain se dirige vers le septième titre de champion de France de son histoire, le cinquième sur les six dernières années. Un championnat qu’ils ont largement dominé cette saison en ayant en ligne de mire certains records. D’une supériorité sans limite sur la scène nationale, les parisiens ont écrasé Monaco 3-0 en finale de la Coupe de la Ligue, au Matmut Atlantique de Bordeaux, samedi soir. Ils leur restent encore une Coupe de France à aller chercher (demi-finale contre Caen le 18 avril prochain, avant une éventuelle finale contre Les Herbiers ou Chambly, pensionnaires de National) pour réaliser un nouveau quadruplé historique et ainsi sauver une saison entachée par la douloureuse élimination face au Réal Madrid en 8èmes de la Ligue des Champions. L’occasion de faire le point sur le bilan d’Unai Emery. Le coach basque devrait quitter le navire parisien en fin de saison, au profit d’un nouvel entraineur.

 

 

 

Une première saison de transition

 

Le technicien espagnol est arrivé dans la capitale francilienne au cours de l’été 2016, en provenance du FC Séville où il venait de remporter trois Europa League consécutivement. Un palmarès honorable qui plaisait à la direction qatarienne du club parisien. Néanmoins, Unaï Emery est arrivé dans un contexte peu favorable à la réussite pour sa première saison. Le PSG venait de se séparer de Zlatan Ibrahimovic. Le géant suédois agissait tel un moteur dans le groupe, et malgré un passage compliqué en Ligue des Champions, Ibra a fait énormément de bien en tant que leader du vestiaire. Les têtes de gondole du mercato estival 2016 à Paris s’appellent Jésé, Krychowiak et Ben Arfa. Aucun de ces trois joueurs n’aura prit de l’ampleur dans le club. Avec le départ de David Luiz dans les dernières heures du mercato, l’effectif parisien perd donc deux leaders, deux figures emblématiques du club version QSI. Le PSG fait donc, pour la première fois depuis son passage dans une nouvelle air, un grand ménage et perd deux stars, qui ne seront pas remplacées.

 

La catastrophe en catalogne et une seconde place en championnat

 

Le 14 février 2017, les parisiens reçoivent le FC Barcelone et sa mythique MSN. Les pensionnaires du Parc des Princes sont troisièmes en championnat, derrière l’AS Monaco et un surprenant OGC Nice et ne sont guère favoris dans cette confrontation. Le match aller résume parfaitement ce que Emery voulait mettre en place avec son équipe. Les parisiens mettent l’impact physique qu’il faut, quand il le faut. Les attaques éclaires en contres sont fatales, tout comme le réalisme francilien. Paris écrase le Barça 4-0 et envoie un message à l’Europe du foot. Mais le message envoyé trois semaines plus tard est, lui, terrible. Dans un match où le PSG n’y arrive pas et fait face à la pression d’un Camp Nou en ébullition, les coéquipiers de Cavani sombrent et laissent échapper une qualification qui leur tendaient pourtant les bras. En plus de l’élimination, c’est le contexte. Paris se fait corriger 6-1 à Barcelone et devient la risée du football européen. Moqués, les parisiens doivent tout de même s’y remettre pour ne pas sombrer dans une crise sans précédent depuis le rachat du club. Le PSG ira chercher les deux coupes nationales mais finira second, derrière des monégasques imprenables.

 

L’émergence de certains jeunes sous Emery

 

S’il y a bien une chose qu’on ne peut pas reprocher à Emery, c’est bien son travail, son investissement et son professionnalisme. L’ancien entraîneur du FC Séville s’est montré très pro depuis son arrivée dans la capitale, aussi bien sur le terrain que devant la presse même si certains de ses choix peuvent être contestés. Parmi ces choix, on retiendra, dans ce paragraphe, les plus positifs d’entres-eux. Durant son aventure à Paris, le tacticien basque a fait confiance aux jeunes pousses parisiennes. Ainsi, Adrien Rabiot a prit une ampleur remarquable dans le groupe, à tel point qu’il est devenu un titulaire indiscutable et que de nombreux clubs européens lui font les yeux doux (Barcelone, entres autres). Le milieu de terrain français s’est fait une place confortable dans le onze d’Emery et doit son statut, d’une part à son talent, mais aussi à la confiance accordée par son entraîneur. Autre produit de la formation parisienne, Presnel Kimpembé. Le défenseur central fait parti des meilleurs de sa génération et prétend à une place de titulaire désormais. Ses prestations (dont celles face à Barcelone au match aller en 2017) sont d’un tel niveau qu’il bouleverse la hiérarchie. Aussi, Christopher Nkunku possède du temps de jeu. Evidemment moins que les deux précédents mais fait quelques apparitions, comme le fils de George Weah, Timothy dernièrement. Un bon point pour Emery.

 

Un manque flagrant de caractère 

 

S’il est très remuant depuis son banc et si on l’entend énormément depuis celui-ci également afin de donner des conseils tactiques à ses hommes, Unaï Emery a semblé manquer de caractère depuis son arrivée. Pour cause, le basque a voulu imposer un système en 4-2-3-1 lorsqu’il est arrivé dans la capitale. Un système qu’il comptait bien exploiter jusqu’au bout afin de mettre en place ses idées. Après quelques matchs sous ce dispositif, les cadres du vestiaires -principalement les deux Thiago- sont allés voir le président parisien, Nasser Al-Khelaifi, pour leur signifier de repasser dans le système qu’ils affectionnaient (le 4-3-3 basé sur la possession de balle). Afin de ne pas perdre son vestiaire, le patron du PSG a donc émis l’hypothèse à son entraîneur de repasser dans ce système de jeu. Chose faite. Emery n’a donc jamais pu imposer son style et sa manière de jouer et a perdu totalement sa crédibilité autoritaire auprès de ses hommes.

 

 

Une gestion de l’effectif négligée

 

Bien que sa gestion des défenseurs centraux est bonne (trois défenseurs de haut niveau prétendent à ce poste), on peut parfois la remettre en cause pour d’autres postes du terrain. Et les exemples sont nombreux, trop nombreux. Lors de sa première saison à Paris, l’hispanique a utilisé le brésilien Lucas, plus que tout autres joueurs. Le brésilien de 25 ans (parti à Tottenham l’hiver dernier) avait participé à 44 rencontres et inscrit 13 buts toutes compétitions confondues. Des statistiques honorables donc, mais qui ne lui ont pas permis de poursuivre sur ce rythme la saison suivante. En effet, avec l’arrivée de Neymar et Mbappé, l’ancien joueur de Sao Paulo a du être contraint de lâcher un peu de temps de jeu. Beaucoup trop pour un joueur aussi souvent utilisé la saison passée. L’actuel Spurs n’avait joué que 5 petites rencontres (76 minutes au total), zéro en tant que titulaire qui plus est, jusqu’à fin janvier où il a rejoint le club londonien. Une gestion incompréhensible qui pose encore questions. Le cas est similaire pour Hatem Ben Arfa. L’ex-niçois qui sortait d’une saison rocambolesque avec le Gym n’a pas eu le temps de jeu nécessaire pour s’imposer. Paris le traînera tel un boulet jusqu’à la fin de saison, date de la fin de son contrat le liant avec le natif de Clamart. La gestion des latéraux (à droite notamment) est également un problème cette saison. Dani Alves, bien qu’expérimenté, bénéficie d’un temps de jeu bien trop important compte tenu de ses performances qui sont parfois très limites. Et c’est le belge Thomas Meunier qui en fait les frais. L’ancien joueur du FC Bruges peste ouvertement dans la presse contre son entraîneur. Performant quand il fait appel à lui, Emery ne le titularise cependant pas assez.

 

Une dernière saison honorable mais ternie par l’élimination face au Réal Madrid

 

Paris peut donc tranquillement se projeter vers la saison prochaine. En effet, les hommes de Unaï Emery possède une longue marge d’avance sur Monaco et devraient s’adjuger le titre de champions de France très prochainement. Le trophée des champions remporté en début de saison ainsi que la Coupe de la Ligue le week-end dernier, il ne reste plus qu’une Coupe de France à aller chercher pour le PSG qui affrontera, s’il va au bout, des adversaires largement à sa portée. Un bilan national honorable donc, mais qui est bien évidemment entaché par l’élimination, encore, en 8èmes de finale de la Ligue des Champions face au Réal Madrid (3-1 et 1-2). Si les parisiens ont fait un bon match au Santiago Bernabeù mais battus injustement, ils ont cependant totalement sombré à domicile, trois semaines plus tard. Les choix tactiques de l’entraîneur espagnol font polémiques lors de cette double confrontation. Il titularise Lo Celso, meneur de jeu de formation, au poste de sentinelle et ne fait pas jouer Di Maria, le meilleur joueur parisien du moment au match aller. Une élimination de trop qui pousse la direction parisienne à ouvrir les portes pour l’arrivée d’un nouvel entraîneur en juin prochain. Emery vit ses derniers instants avec le PSG.

 

Emery est t-il victime de malchance ?

 

La question mérite d’être posée. Lors de sa première saison sur le banc parisien, Emery fait face à un effectif qui a changé et qui a perdu son leader. Les départs de Zlatan et David Luiz jamais remplacés portent un coup dans le caractère de l’équipe. Malgré un très bon match aller face au Barça, avec une maitrise parfaite du jeu qu’il souhaitait mettre en place, l’espagnol est critiqué pour le match retour, où Paris est secoué. Les observateurs et fans de foot estiment qu’il n’a pas donné les bonnes consignes à son équipe, qui jouait trop bas. On apprendra plus tard, par certains joueurs, qu’ils ont respecté les consignes de Silva, le capitaine et non celles d’Emery, leur coach. Le premier voulait jouer bas, tandis que le second voulait que le bloc soit plus haut… La suite, on la connait. Un scénario dingue, un arbitrage favorable à celui-ci (un pénalty litigieux accordé au Barça, deux pénaltys non sifflés aux parisiens, un rouge non sorti pour une grossière faute de Neymar…) et Paris sombre en Catalogne et écrit l’histoire. Une histoire malheureuse.
Lors de cette première saison, le bilan est également marqué par un titre de champions de France que les parisiens laissent filer à Monaco. Avec 87 points, le PSG fait néanmoins une (très) bonne saison mais tombe contre des monégasques que rien n’arrêtent (95 points).

 

La seconde saison s’annonce radieuse avec les arrivées fantastiques de Neymar, Mbappé ou encore Dani Alves. Paris parvient en plus à conserver ses meilleurs éléments (Verratti, Draxler, Marquinhos, Di Maria…) convoités par les plus grandes écuries européennes. Un effectif capable d’aller chercher cette Ligue des Champions tant voulu par le propriétaire qatari, qui en rêve. La première partie de saison est exceptionnelle. Paris marche sur la concurrence en championnat et fini premier de son groupe en C1, devant le Bayern Munich qu’il corrige à domicile (3-0) avant de s’incliner en Bavière, début décembre (3-1). Le PSG a donc le privilège d’affronter un deuxième de poule, qui lui offre, logiquement, une chance supplémentaire de passer le cap des huitièmes. Cette chance se retourne, Paris affrontera le double tenant du titre, le Réal Madrid de Zidane. S’ils sont mal en championnat et distancés par le Barça, les madrilènes sont bien plus forts en coupe d’Europe où ils s’appuient sur une expérience inégalable. Portés par un Cristiano Ronaldo de retour à son meilleur niveau, Madrid se qualifie face à des parisiens bien trop timides, notamment au retour, dans un Parc des Princes pourtant volcanique. Outre-Rhin, les munichois qualifiés grâce à leur deuxième place derrière Paris, rencontrent quant à eux un premier de groupe. Le plus faible des premiers, les turcs du Besiktas. Un adversaire largement à sa portée (et qui aurait pu l’être également pour le PSG) et qu’il détruira pour se qualifier en quarts de finale… contre le FC Séville. Encore un adversaire abordable. Autre détail pointant du doigt la malchance parisienne, le PSG se passe, lors de cette double confrontation contre le champion d’Europe en titre, de Neymar. Le brésilien arrivé de Barcelone l’été dernier pour plus de 220 millions d’euros, doit permettre au club de la capitale de passer ce fameux cap. Mais la pépite auriverde ne fera pas parti de l’aventure au match retour, blessé à la cheville après son match face à l’OM, dix jours plus tôt, alors que lui et ses partenaires menaient 3-0 et qu’ils restaient moins de dix minutes à jouer. Le sort s’acharne et Paris sort encore une fois. La saison d’un club (et accessoirement d’un coach) se joue parfois à peu de choses…

 

K.F